‹ Morceaux choisisChapitre 13 sur 369 · Allusion à l’antique adage · texte numérisé non relu

Allusion à l’antique adage

Primus in orbe timor fecit deos = « C’est la crainte qui tout d’abord créa les dieux dans le monde ».

2. Dès le début, notons l’erreur qui est bien du 18« siècle et qui consiste à ne voir dans la religion romaine qu’une institution <( sociale » ou « politique ».

3. Ou plutôt l’imagination stérile et prosaïque des Romains les avait attachés à une religion primitive tellement vague et pauvre qu’il fut facile aux légis-

lateurs de l’adapter à l’état politique.

4. Titus Tatius, roi des Sabins de Cures, qui, suivant la légende, aurait partagé avec Romulus le commandement des Sabins, et des Romains réunis en un seul peuple. C’est plutôt à Numa Pômpilius. le successeur de Romulus, qu’on attribuait la plupart des institutions religieuses de Rome.

5. Bien plus, Montesquieu note plus bas que « le seul vestige de royauté» conservé par les

Quand les législateurs romains établirent la religion, ils ne pensèrent point à la réformation des mœurs, ni à donner des principes de morale ^ ; ils ne voulurent point gêner ^ des gens qu’ils ne connaissaient pas encore. Ils n’eurent donc d’abord qu’une vue générale, qui était d’inspirer à un peuple qui ne craignait rien la crainte des dieux, et de se servir de cette crainte pour le conduire à leur fantaisie^.

Les successeurs de Nuina n’osèrent point faire ce que ce prince n’avait point fait : le peuple, qui avait beaucoup perdu de sa férocité et de sa rudesse, était devenu capable d’une plus grande discipline. Il eût été facile d’ajouter aux cérémonies de la religion des principes et des règles de morale, dont elle manquait: mais les législateurs des Romains étaient trop clairvoyants pour ne point connaître combien une pareille réformation eût été dangereuse : c’eût été convenir que la religion était défectueuse, c’était lui donner des âges'*, ei affaiblir son autorité en voulant l’établir. La sagesse des Romains leur fit prendre un meilleur parti en établissant de nouvelles lois. Les institutions humaines peuvent bien changer, mais les divines doivent être immuables comme les dieux mêmes.

Ainsi le sénat de Rome, ayant chargé le préteur Pétilius®

Romains est l’institution du « Roi des Sacrifices », chai^gé de toutes les fonctions religieuses qui revenaient aux anciens rois.

1. Règle : Dans V ancienne langue, un çerhe pouvait avoir deux compléments de nature différente, p, ex. un substantif et une proposition subordonnée complétive:

« Elle aime fort la conversation et surtout de plaire.» (Sévigné.) — Cf. Crouzet, Berthet, Galliot, Grammaire Française, § 389.

2. Le verbe gêner a ici un sens intermédiaire entre le sens très fort et très ancien : « torturer, mettre à la gehenne » et le sens très plat : « embarrasser » ; les législateurs veulent « contraindre », mais non « incommoder »

les nouvelles populations.

3. Il y a au premier abord une contradiction entre ceci et le début (cf. p. 44, n. 1). Serrez cependant le texte : ce n’est pas la crainte qui a établi la religion^ c’est le législateur qui a crée cette crainte artificielle pour fonder solidement la société. L’idée

est fausse, nous l’avons dit ; mais la contradiction n’est qu’apparente.

4. Expression vivante dans sa simplicité : on « datait » la religion, si on reconnaissait que celle des anciens temps était insuffisante pour les époques plus récentes, et on invitait les époques postérieures à en faire autant.

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