‹ Morceaux choisisChapitre 14 sur 369 · Tite-Live, L. XL, Chap. xxix · texte numérisé non relu

Tite-Live, L. XL, Chap. xxix

Sur Tite-Live, cf. p. 142, n. 2.

En 186 av. J.-G., deux cultivateurs trouvèrent, en creusant le champ' du greffier L. Pétilius, deux cottres de pierre, scellés de plomb, dont les inscriptions indiquaient qu’ils contenaient l’un le corps de Numa, l’autre les livres de Numa. Le premier était vide ; le second contenait 14 volumes «non seulement bien conservés, dit Tite-Live, mais qui avaient l’air tout neufs ». 7 volumes en latin traitaient du droit des pontifes ; 7 en grec, de philosophie. Le préteur de la

MONTESQUIEU

d’examiner les écrits du roi Niima, qui avaient été trouvés dans un coffre de pierre quatre cents ans après la mort de ce roi, résolut de les faire brûler, sur le rapport que lui fit ce préteur, que les cérémonies qui étaient ordonnées dans ces écrits différaient beaucoup de celles qui se pratiquaient alors ; ce qui pouvait jeter des scrupules dans l’esprit des simples^ et leur faire voir que le culte prescrit n’était pas le même que celui qui avait été institué par les premiers législateurs, et inspiré par la nymphe Égérie^.

On portait la prudence plus loin : on ne pouvait lire les livres sibyllins ^ sans la permission du sénat, qui ne la donnait même que dans les grandes occasions^ et lorsqu’il s’agissait de consoler les peuples. Toutes les interprétations étaient défendues ces livres même étaient toujours renfermés^ ; et, par une précaution si sage, on ôtait les armes des mains des fanatiques et des séditieux^.

Les devins ne pouvaient rien prononcer sur les affaires publiques sans la permission des magistrats®; leur art était absolument subordonné à la volonté du sénat ; et cela avait été ainsi ordonné par les livres des pontifes dont Cicéron nous a conservé quelques fragments.

Polybe® met la superstition au rang des avantages que le

ville Q. Pétilius les parcourut, reconnut que «la plupart des principes pouvaient tendre à la destruction du culte reçu», et, sur sa déclaration, le sénat les fit brûler dans la place des Comices, — C’était une tentative imaginée par des philosophes

Î)our faire pénétrer dans la loi es doctrines philosophiques.

Quelques années plus tard, les philosophes étaient chassés de Rome.

1. Nymphe que Numa disait lui apporter, de la part des dieux, les lois qu’il dictait au peuple. Encore aujourd’hui, aux lîortes de Rome, on montre la grotte 'et la fontaine d’Egérie, dans le vallon de la Calfarella.

2. Toujours même respect absolu, immuable, de la tradition et des formes.

Ces livres sibyllins contenaient des vers grecs qu’on disait l’œuvre de la Sibylle qui rendait les oracles d’Apollon dans une caverne près de Cu-

mes. Les prêtres, chargés de les garder, les consultaient en cas de malheurs extraordinaires, afin de savoir ce qu’il fallait faire pour détourner le courroux des dieux.

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