‹ Morceaux choisisChapitre 130 sur 369 · Voir sur prêt à et près de, p. 147, n · texte numérisé non relu

Voir sur prêt à et près de, p. 147, n

Considérations

profitait de cette paix, et continuait la guerre. Ainsi, quand Jugurtha eut enfermé une armée romaine, et qu’il l’eut laissée aller sous la foi d’un traité, on se servit contre lui des troupes mêmes qu’il avait sauvées ^ ; et lorsque les Numanlins eurent réduit vingt mille Romains, prêts à mourir de faim, à demander la paix, cette paix, qui avait sauvé tant de citoyens, fut rompue à Rome et l’on éluda la foi publique en envoyant le consul qui l’avait signée

Quelquefois ils traitaient de la paix avec un prince sous des conditions raisonnables ; et lorsqu’il les avait exécutées, ils en ajoutaient de telles qu’il était forcé de recommencer la guerre. Ainsi, quand ils se furent fait livrer par Jugurtha ses éléphants, ses chevaux, ses trésors, ses transfuges, ils lui demandèrent de livrer sa personne'*; chose qui, étant pour un prince le dernier des malheurs, ne peut jamais faire une condition de paix^.

Enfin, ils jugèrent les rois pour leurs fautes et leurs cri. mes particuliers. Ils écoutèrent les plaintes de tous ceux qui avaient quelques démêlés avec Philippe; ils envoyèrent des députés pour pourvoir à leur sûreté ; et ils firent accuser Persée devant eux pour quelques meurtres et quelques querelles avec des citoyens des villes alliées.

1. C’est ce que nous raconte l’historien romain Salluste dans son Jugurtha (109). Le souverain Numide avait cerné le camp d’Aulus, et lui avait imposé un traité. « Le sénat, comme il était juste, déclare que. sans son autorisation et celle du peuple, aucun traité n’a pu être valablement conclu ». (Salluste, op. cit.

XXXIX.) C’est la conduite que le sénat avait tenue après les Fourches Caudines, etc. « Bon moyen de toujours gagner, observe le président de Brosses, traducteur de Salluste, et de ne jamais perdre I »

2. Mancinus, enfermé avec 24,000 hommes dans un défilé, avait dû capituler. Le sénat désavoue la capitulation (137), et renvoie le consul, les mains liées derrière le dos, vers les avant-postes ennemis. Les Numantins refusent de le recevoir pour ne pas avoir Pair d’accepter une pareille interprétation de la foi jurée, et Mancinus reste tout un jour devant les portes de Numance.

3. « Ils en agirent de même avec les Samnites, lés Lusitaniens et les peuples de Corse. Voyez sur ces derniers un fragment du L. I de Dion. ï) (M.)

Dion Cassius (113-240 ap. J.-C.), homme politique et historien grec, a composé une Histoire romaine en 80 livres, dont-il nous reste 19 (37®-54'=) et des fragments des autres ; il est, pour les derniers temps de la république, l’unique source d’informations à certains égards.

4. Il faut cependant ajouter que cette fois Jugurtha essayait de duper les Romains, et de gagner du temps pour corrompre ses adversaires.

5. (( Ils en agirent de même avec Yiriate : après lui avoir fait rendre les transfuges, on lui demanda qu’il rendît les armes, à quoi ni lui, ni les siens ne purent consentir. Fragment de Dion.» (M.)

Yiriathe, chef lusitanien (Portugal), pâtre et chasseur, un des plus redoutables ennemis des Romains, qui le firent assassiner.

loi

MONTESQUIEU

Gomme on jugeait de la gloire d’un général par la quantité de l’or et de l’argent qu’on portait à çon triomphe, il ne laissait rien à l’ennemi vaincu. Rome s’enrichissait toujours, et chaque guerre la mettait en état d’en entreprendre une autre h

Les peuples qui étaient amis ou alliés se ruinaient tous par les présents immenses qu’ils faisaient pour conserver la faveur, ou l’obtenir plus grande et la moitié de l’argent qui fut envoyé pour ce sujet aux Romains aurait suffi pour les vaincre

Maîtres de l’univers, ils s’en attribuèrent tous les trésors ; ravisseurs moins injustes en qualité de conquérants qu’en qualité de législateurs. Ayant su que Ptolomée, roi de Chypre, avait des richesses immenses, ils firent une loi, sur la proposition d’un tribun, par laquelle ils se donnèrent l’hérédité d’un homme vivant, et la confiscation d’un prince allié

Bientôt la cupidité des particuliers acheva d’enlever ce qui avait échappé à l’avarice publique^. Les magistrats et les gouverneurs vendaient aux rois leurs injustices. Deux compétiteurs se ruinaient à l’envi pour acheter une protection toujours douteuse contre un rival qui n’était pas entièrement épuisé : car on n’avait pas même cette justice des brigands, qui portent une certaine probité dans l’exercice du crime. Enfin, les droits légitimes ou usurpés ne se soutenant que par de l’argent, les princes, pour en avoir, dépouillaient les temples, confisquaient les biens des plus

1. Le Grec Plutarque et l’historien Tite-Live nous fournissent, sur le triomphe de Paul Emile, des détails qui peuvent nous donner une idée de ces spoliations éhontées : le peuple entier assiste à la cérémonie, vêtu de toges blanches; 45 millions sont transportés au trésor public ; 250 chars passent, remplis de statues et de tableaux volés; chaque fantassin reçoit 200 deniers (0 fr. 78 environ), et chaque cavalier 400.

2. « Les présents que le Sénat envoyait aux rois n’étaient que des bagatelles, comme une chaise et un bâton d'ivoire, ou quelque lobe de magistrature. » (M.j

Oui, mais ces « bagatelles » étaient des témoignages de l’amitié du peuple souverain ; les Romains d’ailleurs accordaient

aussi aux rois, des droits qui n’étaient pas à dédaigner (Voir p. 147, n. 8).

3. La phrase est piquante ; la pensée est-elle très juste ? L’argent des alliés aurait-il suffi à vaincre le peuple ainsi discipliné ?

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