‹ Morceaux choisisChapitre 18 sur 369 · Philosophe néoplatonicien (5e siècle av. J.-G · texte numérisé non relu

Philosophe néoplatonicien (5e siècle av. J.-G

4. On peut dire que, malgré les restrictions nécessaires, Montesquieu a mieux jugé ici de la tolérance des Romains que dans les Considérations, chap. xvi.

Les Romains, avant de s’emparer d’une ville, destinée à la ruine, priaient la Divinité protectrice de quitter son temple et de venir en Italie où elle serait infiniment mieux traitée.

S’ils ont poursuivi durement le judaïsme et le christianisme, c’est que ces religions restèrent intransigeantes à l’égard des autres divinités, et qu’elles représentaient une opposition de race, une opposition politique.

5. Allusion aux interminables et implacables querelles religieuses du 18e siècle, et que les philosophes allaient tourner en ridicule ou flétrir vigoureusement.

6. Il y a là un argument très important, mais à peine indique. Il y a autant de sanctuaires que de familles, autant de prêtres que de chefs de famille.

L’esprit de tolérance vient, d’après Montesquieu^ de ce que, chacun étant prêtre, il n’y a pas un clergé fermé, et aussi de ce fait qu’une fois qu’on a fait acte de déférence en honorant les dieux de l’Etat, on est le maître absolu du culte domestique.

MONTESQUIEU

[ Sur la tolérance des Grecs et des Romains, Montesquieu sent qu’il y aurait bien des objections à faire. Il avoue que les Grecs, qui ont condamné Socrate, avaient moins de tolérance que les Romains. Mais comment expliquer que le culte égyptien ait été si vigoureusement proscrit à Rome ? C’est, dit Montesquieu, que la religion égyptienne était spécialement intolérante : les Romains se sont acharnés contre elle par « esprit de douceur et de paix ».

De là aussi, d’après Montesquieu, « la haine, le mépris et là persécution des Romains » contre les Chrétiens et les Juifs, confondus constamment avec les Eg^^ptiens. Chez les Egyptiens, les prêtres faisaient une classe à part, engloutissant la fortune publique sans aucun profit pour l’Etat, gens « brouillons, inquiets, entreprenants » et, par suite « extrêmement dangereux ». A Rome au contraire, la prêtrise est une charge civile ; les pontifes et les augures sont des magistrats, dont les intérêts ne sont pas séparés des intérêts de leurs concitoyens.

Montesquieu parle alors des décemvirs, des quindécemvirs (chargés des livres sibyllins), des fonctions religieuses des anciens rois, de la sagesse et de la justice du roi Numa qui établit, entre autres institutions salutaires, celle des prêtres fécialiens, sans le ministère desquels on ne pouvait ni déclarer la guerre ni conclure la paix ; grâce à eux, « les guerres ne s’entreprenaient jamais à la hâte et elles ne pouvaient être qu’une suite d’une longue et mûre délibération ».

Il termine par les considérations suivantes : Rome, au lieu de porter ses dieux chez les vaincus, leur emprunta les leurs très adroitement, et, comme le nombre eût fini par être trop considérable, on confondit le plus possible les dieux romains avec les dieux étrangers. S’il restait quelque désordre et quelque confusion, les Romains ne s’en préoccupaient pas outre mesure : « la crédulité des peuples, qui est toujours au-dessus du ridicule et de l’extravagant, réparait toüt. ». C’est la dernière réflexion de ce morcaau.]

Fig. 2. — Les Ambassadeurs de Siam.

Curieux document sur l’Orienl à la lin du xvu» siècle : Louis XIV reçoit une ambassade de (Siam 1684) — d’après une gravure de Sébastien Leclerc (Metz 1637 Paris 1711 ).

LETTRES PERSANES (1721

L’oeuvre expliquée.

[Peu nous importe que l’idée première des Lettres Persanes se trouve dans les Amusements sérieux et comiques, roman de mœurs de l’auteur comique Dufresny (Paris, 1648-1724), dans lequel un Siamois, tombé à Paris, faisait des réflexions sur les choses et les gens ; — ou dans le Spectator d’Addison, journaliste anglais, le père de 1’ « Essayisme » (1672-1719), qui, dans un de ses numéros, fait écrire une lettre datée de Londres par un Indien de Java. Il est possible que Montesquieu ait lu VEspion du Grand Seigneur dans les cours des princes chrétiens (Paris, 6 vol. in-i2, 1684 sq.), écrit en français par le Génois Jean-Paul Marana, réfugié en France et pensionné par Louis XIV ; il est certain qu’il connaissait les Voyages de Tavernier en Turquie, en Perse et aux Indes, (1676-1679, 3 vol.),, et surtout le Journal du Voyage du chevalier Chardin en Perse et aux Indes orientales, ' etc. (Amsterdam, 3 vol. in-q®, 1711, et 10 vol. in-12); il est facile enfin de montrer que l’auteur des Lettres Persanes n’ignorait ni le Télémaque de Fénelon, ni Les Caractères de la Bruyère, ni Le Diable Boiteux de Lesage, ni Les Mille et une Nuits, etc., etc. Mais tout cela n’empêche pas qu’il ait composé une des œuvres les plus originales de notre littérature.

Nous avons indiqué que le succès des Lettres Persanes avait été très grand. L’ouvrage a paru en eftet au bon moment. On ne cite dans notre littérature que trois livres qui aient paru ainsi au moment le plus favorable : les Provinciales (1656), le Génie du Christianisme (1802), les Lettres Persanes (1721).

Les dernières années du régne avaient été marquées par l’hypocrisie dévote de la cour, l’intervention despotique du roi dans les affaires de théologie, les armements ruineux et les défaites humiliantes, la famine et la désolation dans le pays. Une réaction violente s’était produite dès le jour même de l’enterrement de Louis XLV. Le Régent donnait l’exemple : la littérature et lés arts suivaient. Cette réaction a été marquée par les Lettres Persanes beaucoup mieux que par toutes les autres œuvres de l’époque.

De plus, c’est la période où l’Orient exerce sur les Français une véritable fascination. Les voyageurs en rapportent 'des récits fabuleux. Le chevalier Chardin vient de publier son Voyage en Perse, relation pleine de documents vrais et de détails à la fois curieux et bien observés. Il y a quelques années à peine, le peuple se pressait pour admirer l’ambassadeur persan envoyé à Louis XIV L Montesquieu, jeune, ayant de l’imagination, met à profit cet engouement pour les pays orientaux.

1. Usbek le juge très sévère- I moires prétendent du reste que ment (Lettre XCII). Certains ilfd- 1 c’était un imposteur.

MONTESQUIEU

Par conséquent, il suppose une correspondance écrite par Usbek et Rica, qui ont fait tous deux un voyage à Paris et qui échangent des lettres avec leurs compatriotes.

Usbek, grave et respectable, a dû s’exiler. Il écrit à des correspondants restés en Perse et se tient au courant des choses de son sérail. C’est la partie « asiatique », libertine plutôt que libidineuse, dans laquelle le public va chercher un semblant d’intrigue.

Mais ce que nous cherchons dans le livre, ce que Montesquieu voulait surtout y mettre, est bien diiférent. Usbek est très attentif, très réfléchi. Il nous fait la peinture de la France de 1711 à 1720 1. A son côté se trouve Rica, très spirituel, fin, malin et même un peu blagueur. C’est un Persan qui a passé par la Gascogne avant de venir prendre l’air des boulevards. Quand les matières à traiter sont un peu scabreuses, Rica se charge lestement de la besogne.

Notons d’ailleurs que, dans les moments où la critique serait dangereuse, nous sommes ramenés en Orient : par un procédé constant au 18® siècle, on nous dit: Alcoran, quand il faut entendre: Bible, et : despotisme oriental, quand il faut entendre : monarchie française. Le livre est donc très hardi et très habile. Montesquieu n’aurait jamais pu le publier s’il ne s’était servi de ce mélange tout à fait adroit^.]

Analyse et Extraits.

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