‹ Morceaux choisisChapitre 180 sur 369 · Ammien Marcellin, L. XXV · texte numérisé non relu

Ammien Marcellin, L. XXV

Depuis Tacite et son ouvrage sur les Mœurs des Germains, il était d’usage d’opposer à la corruption romaine la pureté des mœurs germaniques. Les Ala~ maudis, tribus de pillards, étaientils gouvernés parle point d’honneur ? C’est ce qu’on a pu discuter.

MONTESQUIEU

d’honneur, se vengèrent de cette insulte prétendue par une cruelle guerre.

Toutes ces nations, qui entouraient l’empire en Europe et en Asie, absorbèrent peu à peu les richesses des Romains ; et, comme ils s’étaient agrandis parce que l’or et l’argent de tous les rois était porté chez eu:^i, ils s’affaiblirent parce que leur or et leur argent fut porté chez les autres.

Les fautes que font les hommes d’Etat ne sont i3as toujours libres ; souvent ce sont des suites nécessaires de la situation où l’on est, et les inconvénients ont fait naître les inconvénients 2.

La milice, comme on a déjà vu, était devenue très à charge à l’Etat. Les soldats avaient trois sortes d’avantages : la paye ordinaire, la récompense après le service, et les libéralités d’accident^, qui devenaient très souvent des droits pour des gens qui avaient le peuple et le prince entre leurs mains.

L’impuissance où l’on se trouva de paj^er ces charges fit que l’on prit une milice moins chère. On fit des traités avec des nations barbares qui n’avaient ni le luxe des soldats romains, ni le même esprit, ni les mêmes prétentions.

11 y avait une autre commodité à cela : comme les Barbares tombaient tout à coup sur un pays, n’y ayant point chez eux de préparatifs après la résolution de partir, il était difficile de faire des levées à temps dans les provinces. On prenait donc un autre corps de Barbares, toujours prêt à recevoir de l’argent, à piller et à se battre. On était servi pour le moment ; mais dans la suite on avait autant de peine à réduire les auxiliaires que les ennemis^.

1. « Vous voulez des richesses, disait un empereur à son armée qui murmurait. Voilà le pays des Perses, allons en chercher. Croyez-moi : de tant de trésors que possédait la république romaine, il ne reste plus rien : et le mal vient de ceux qui ont appris aux princes à acheter la paix des Barbares. Nos finances sont épuisées, nos villes détruites, nos provinces ruinées. Un empereur qui ne connaît d’autres biens que ceux de Tâme n’a pas honte d’avouer une pauvreté honnête. » Ammien Marcellin, L. XXIV. » (M.), chap.

Ce sont du moins les paroles qu’Ammien prête à Julien discourant devant ses soldats ; le fond est assez vraisemblable.

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