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Chapitre III

Ce que c’est que l’amour de la république dans la démocratie.

L’amour de la république, dans une démocratie, est celui de la démocratie ; l’amour de la démocratie est celui de l’égalité.

L’amour de la démocratie est encore l’amour de la frugalité^. Chacun, devant y avoir le même bonheur et les mêmes

chie ne pourrait pas subsister sans ce sentiment, on a tort :

qu’on aime le roi ou la royauté, le gouvernement monarchique subsiste ; qu’on aime les hommes d’Etat et non la république, et la démocratie est perdue.

1. Voir p. 31, ce que Montesquieu pensait des petites gens et des gens titrés : cela est tout à son éloge. Les philosophes reprendront ce thème après lui.

2. Mais l’amour de la patrie a bien les mêmes résultats sous un monarque ? — Oui, mais encore une fois ce n’est pas là ce qui est l’essentiel, ce qui est le ressort général qui fait mouvoir la machine ; suivant Montesquieu, c’est l’honneur.

3. Uendroit^ le point, c.-à-d. la règle. Pourquoi cette comparaison? Parce que Montesquieu a sous les yeux toujours les démocraties antiques où l’individu comptait autant qu’un moine dans un couvent, et était soumis à des règles étroites de « renoncement ». L’observation n’en reste pas moins vraie pour les républiques modernes que Montesquieu ne pouvait deviner : plus l’individu est libre, plus l’amoui' de la chose publique doit le retenir.

4. Montesquieu rejoint encore tes théoriciens antiques. L’égalité civile et politique a pour base la « médiocrité » (voir plus bas ; p. 240, n. 1) des fortunes ;

DE l’esprit des LOIS

avantages, y doit goûter les mêmes plaisirs, et former les mêmes espérances ; chose qu’on ne peut attendre que de la frugalité générale.

L’amour de l’égalité, dans une démocratie, borne l’ambition au seul désir, au seul bonheur de rendre à sa patrie de plus grands services que les autres citoyens. Ils ne peuvent pas lui rendre tous des services égaux ; mais ils doivent tous également lui en rendre h En naissant, on contracte envers elle une dette immense, dont on ne peut jamais s’acquitter.

Ainsi les distinctions y naissent du principe de l’égalité, lors même qu’elle paraît ôtée par des services heureux, ou par des talents supérieurs.

L’amour de la frugalité borne le désir d’avoir à l’attention que demande le nécessaire pour sa famille, et même le superflu pour sa patrie^. Les richesses donnent une puissance dont un citoyen ne peut pas user pour lui, car il ne serait pas égal. Elles procurent des délices dont il ne doit point jouir non plus, parce qu’elles choqueraient l’égalité tout de même.

Aussi les bonnes démocraties, en établissant la frugalité domestique, ont-elles ouvert la porte aux dépenses publiques, comme on fit à Athènes et à Rome^ Pour lors, la magnificence et la profusion naissaient du fond de la frugalité même; et, comme la religion demande qu’on ait les mains pures pour faire des offrandes aux dieux, les lois voulaient des mœurs frugales, pour que l’on pût donner à sa patrie'*.

Le bon sens et le bonheur des particuliers consiste^

régalitc est une chimère dans une société où les uns sont écrasés par la misère, les autres, grandis par des richesses immenses : c’est une idée antique.

Montesquieu ne la fait pas sienne, il entre dans les idées des théoriciens de la démocratie et les expose avec clarté.

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