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Chapitre IV

Comment on inspire l’amour de Uégalité et de la frugalité.

L’amour de l’égalité et celui de la frugalité sont extrêmement excités par l’égalité et la frugalité mêmes, quand on vit dans une société où les lois ont établi Tune et l’autre 2.

Dans les monarchies et les Etats despotiques, personne n’aspire à l’égalité; cela ne vient pas même dans l’idée; chacun y tend à la supériorité. Les gens des conditions les plus basses ne désirent d’en sortir que pour être les maîtres des autres.

11 en est de même de la frugalité: pour l’aimer, il faut en jouir^. Ce ne seront point ceux qui sont corrompus par les délices qui aimeront la vie frugale ; et, si cela avait été naturel et ordinaire, Alcibiade n’aurait pas fait l’admiration de l’univers^. Ce ne seront pas non plus ceux qui

proché, et est au singulier : Celui à qui seul appartient la gloire, la majesté, l’indépendance...

(Bossuet.) Cf. Orouzet..., Gr. Fr.,

1. Que sera ce gouvernement appuyé sur la médiocrité des talents et des fortunes ? Montesquieu est entraîné trop loin, par les théoriciens antiques :

« Partout où la fortune extrême est à côté de l’extrême indigence, ces deux excès amènent ou la démagogie absolue, ou l’oligarchie pure, ou la tyrannie ». (Aristote, op. cit., VJ, IX.) Il ne s’agit pas, dans ce passage, de la médiocrité des talents !

2. Ce qui est une nouvelle preuve que le citoyen n’y est compté pour rien^ et que f’Etat seul y est compte pour tout.

3. « Je ne prétends point faire des critiques grammaticales à un homme de génie ; mais j’aurais souhaité qu’un écriv^ain si spirituel et si mâle se fût

servi d’une autre expression que celle de jouir de la frugalité. » (Voltaire, Commentaire XXI.)

Critique bien puérile, et mesquine, et qui n’enlève rien à la force de l’expression de Montesquieu.

4. « J’aurais désiré bien davantage qu’ü n’eût point dit qu’Alcibiade fut admiré de î’univers pour s’être conformé dans Lacédémone à la sobriété des Spartiates . . .

(Ici Voltaire fait Une critique dure du caractère d’Alcibiade, qui était bien forcé . de faire mauvaise chère à Lacédémone puisqu’il était condamné dans son pays : du peuple Athénien, « digne de l’opprobe dans lequel il croupit lâchement de puis tant de siècles ». . .)

« Plutarque et Montesquieu ne m’en imposent point : j’admire trop Caton et Marc Aurèle pour admirer Alci biade. » ( Ibid.)

DE l’esprit des LOIS

envient ou qui admirent le luxe des autres qui aimeront la frugalité : des gens qui n’ont devant les yeux que des hommes riches, ou des hommes misérables comme eux, détestent leur misère sans aimer ou connaître ce qui fait le terme de la misère.

C’est donc une maxime très vraies que, pour que l’on aime l’égalité et la frugalité dans une république, il faut que les lois les y aient établies.

[Les deux chapitres qui suivent nous indiquent: i* «comment les lois établissent l’égalité dans la démocratie » ; 2" « comment les lois doivent entretenir la frugalité dans la démocratie»; 3° Montesquieu ajoute un: «autre moyen de favoriser le principe de la démocratie» (v, VI, vu) :

I® L’égalité a été établie soit par le partage des terres, qui a besoin de lois nombreuses et précises pour se maintenir; soit par des lois relatives aux successions, aux dettes, au mariage (notamment les lois qui réglaient les unions entre frères et sœurs), au régime dotal ; l’égalité réelle est d’ailleurs « si difficile à établir qu’une exactitude extrême à cet ég;ard ne conviendrait pas toujours» ;

2° La frugalité est liée à l’égalité des fortunes : dans le cas particulier où la république est commerçante, l’esprit de commerce préserve de la corruption qui pourrait survenir des grandes fortunes ; les lois doivent favoriser et étendre cet esprit de commerce, tout en divisant les fortunes à mesure qu’elles grossissent ;

3® Le partage égal n’étant pas toujours pratique, l’institution d’un corps fixe, d’un Sénat attaché aux coutumes anciennes, dont les membres sont élus à vie, s’ils sont faits « pour être la règle et le dépôt des mœurs», est excellente : de même, la création de censeurs, le développement de la subordination des citoyens au magistrat, et l’extension de la toute-puissance paternelle.

Les lois « doivent se rapporter au principe du gouvernement dans l’aristocratie», entretenir chez les nobles «l’esprit de modération », prévenir les inégalités extrêmes, d’une part, « entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés », d’autre part, « entre les différents membres du corps qui gouverne». (Chap. viii).

De même, les lois «sont relatives à leur principe dans la monarchie», elles se rapportent à l’honneur, rendent la noblesse héréditaire, donnent des privilèges au fief comme au noble, ne laissent jamais passer ces prérogatives au peuple ; elles peuvent là seulement consolider le droit d’aînesse, mais il faut aussi qu’elles favorisent le commerce et mettent de l’ordre dans la perception de l’impôt. (Chap. ix).

Vient alors une série de chapitres sur les avantages du gouvernement monarchique, où Montesquieu montre que cette forme de gouvernement assure’ la promptitude dans l’exécution des affaires, et qu’elle apparaît comme excellente entre toutes au point de vue de la fixité de l’Etat, de la stabilité de la constitution, de la sûreté de ceux qui commandent. (Chap. X, xii).]

MONTESQUIEU

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