Chapitre XIII
Idée du despotisme.
Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent l’arbre au pied et cueillent le fruits Voilà le gouvernement despotique
[Le Livre continue en exposant pourquoi le pire des despotismes est « celui, où le prince *se déclare propriétaire de tous les fonds de terre, et l’héritier de tous ses sujets» ; en discutant «les lois qui ôtent la propriété des fonds de terre et la succession des biens», les constitutions despotiques où une loi fondamentale ne régie pas la succession à l’empire et celles où elle est réglée ; en flétrissant les. mœurs familiales du despote ; et il conclut par cette observation que la « nature humaine se soulèverait sans cesse contre le gouvernement despotique», si la simplicité de ce gouvernement ne lui assurait trop souvent le succès : «Un gouvernement despotique saute, pour ainsi dire, aux yeux ; il est uniforme partout : comme il ne faut que des passions pour l’établir, touf le monde est bon pour cela » (chap. xiv).
Ce n’est pas tout : le chapitre suivant nous montre le despotisme condamnant un pays à la misère, à la ruine commerciale, aux abus du péculat, à la nécessité des confiscations, si funeste à une monarchie ou à une république (chap. xv).
Pour la communication du pouvoir, tandis que dans une monarchie il s’applique d’une façon médiate grâce à l’autorité royale, dans le despotisme il n^y a aucun « tempérament » : le moindre magistrat est despote lui-même (chap. xvi).
Dans ce gouvernement, nul ne peut aborder quelqu’un qui est audessus de soi, sans lui apporter des présents : chose odieuse dans une république, inutile dans une monarchie : le despotisme est le régime corrupteur (chap. xvii).
Le despote ne peut donner en récompense que de l’argent : les grandes récompenses dans une monarchie, où l’honneur doit faire passer avant tout les distinctions, et dans une république où la vertu doit se suffire à elle-même, sont un signe de décadence ; le despotisme n’a pas d’autre moyen à sa disposition (chap. xviii).