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Chapitre XVL

De la juste proportion des peines avec le crime®.

Il est essentiel que les peines aient de l’iiarmonie entre

elles, parce qu’il est essentiel

1. Beccaria (Milan 1738-1794), publiciste italien, donna en 1764 son Traité des Délits et des Peines, qui s’attaquait courageusement aux barbaries des codes européens. On peut dire que son livre était dû à l’inspiration de la philosophie française, et les Encyclopédistes se chargèrent de le traduire, de le répandre, de le commenter.

2. Ce sera un des points essentiels que Beccaria développeYa dans son « Traité ». Cet ensemble de chapitres aurait besoin d’être éclairé par une étude ra-

l’on évite plutôt un grand

pide de la législation pénale au 18® siècle, en France et à l’étranger. Voir surtout : Voltaire, Commentaire sur le livre des Délits et des Peines , Prix de la justice et de r humanité ; Essai sur les probabilités en fait de Justice... U 11 semble que tous les livres qui tiennent lieu de Code en France aient été composés par le bourreau ! ». Pour le supplice de la roue, cf. Les Philosophes et la Société française au siècle, chap. V : Les Philosophes et la Bourgeoisie (supplice de Desmoulins).

Fj(j. 18. - Les Supplices de Damiens.'^

Cette estampe de la Bibliothèque Nationale nous donne une idée de la barbarie dans les peines au xviiie siecle ; elle représente Dainiens encluaîné^ anïès son attentat, a la Conciergerie dans ht Tour de Montgomery (ou de Cés’arf où tut aussi enterme Cartouche; en bas, récartèlement du condamné oui fut un spectacle horrible; à droite, le bûcher où brûlent les restes

DE l’esprit des LOIS

crime qu’un moindre ; ce qui attaque plus la société que ce qui la choque moins h

« Un imposteur^, qui se disait Constantin Ducas, suscita un grand soulèvement à Constantinople. Il fut pris, et condamné au fouet ; mais, ayant accusé des personnes considérables, il fut condamné, comme calomniateur, à être brûlé. » Il est singulier qu’on eût ainsi proportionné les peines entre le crime de lèse-majesté et celui de calomnie.

Cela fait souvenir d’un mot de Charles II, roi d’Angleterre. Il vit, en passant, un homme au pilori. «Pourquoi l’a-t-on mis là ? dit-il. — Sire, lui dit-on, c’est parce qu’il a fait des libelles contre vos ministres. — Le grand sot î dit le roi : que ne les écrivait-il contre moi ? On ne lui aurait rien fait. »

« Soixante-dix personnes conspirèrent contre l’empereur Basile 3 : il les fit fustiger, on leur brûla les cheveux et le poil. Un cerf l’ayant pris avec son bois par la ceinture, quelqu’un de sa suite tira son épée, coupa sa ceinture, et le délivra : il lui fit trancher la tête, parce qu’il avait, disait-il, tiré l’épée contre lui.» Qui pourrait penser que, sous le même prince, on eût l'endu ces deux jugements ?

C’est un grand mal parmi nous de faire subir la même peine à celui qui vole sur un grand chemin, et à celui qui vole et assassine ^ Il est visible que, pour la sûreté publique, il faudrait mettre quelque différence dans la peine.

1. « Punissez, mais ne punissez pas aveuglément. Punissez, mais utilement.

Si on peint la justice avec un bandeau sur les yeux, il faut que la raison soit son guide. » (Voltaire, Prix de la Justice^ art. 2.)

2. <( Histoire de Nicéphore, patriarche de Constantinople. » (M.).

Nicéphore (758-829), qui a joué •un grand rôle dans la querelle des iconoclastes et fut patriarche de Byzance en 80G, est un des auteurs de VHistoire byzan- Une, recueil des écrivains grecs qui ont écrit sur l’Empire d’Orient ou le Bas -Empire. Les principaux avaient été traduits par le président Cousin sous le titre; Histoire de Constantinople, 1672, 8 vol. in-4°. Les Ducas ou Dukas étaient une famille illustre de l’empire grec qui a fourni des généraux, des ministres, des empereurs.

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