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Chapitre XV

Moyens très efficaces pour la conservation des trois principes.

Je ne pourrai me faire entendre que lorsqu’on aura lu les quatre chapitres suivants.

GlIAPiTRE XVI.

Propriétés distinctives de la république.

Il est de la nature d’une république qu’elle n’ait qu’un petit territoire : sans cela elle ne peut guère subsister L Dans une grande république, il y a de grandes fortunes-, et

1. Voilà qui explique bien des idées de Montesquieu sur le gouvernement démocratique. (( Il montre en général une grande sympathie pour le gouvernement républicain ; mais, précisément parce qu’il a surtout en vue les républiques anciennes et qu’il exagere le rôle de la vertu, il fait en quelque sorte de ce gouvernement un idéal inaccessible, et peut-être a-t-il contribué, par là, à répandre ce préjugé, sou-

tenu par la routine et l’égoïsme, que la république est un gouvernement qui ne saurait convenir à des hommes. » (Barni, Histoire des Idées morales et politiques au siècle, T. I, p. 161.) Ajoutons : et en tout cas un gouvernement qui ne saurait convenir qu’à de petites nations.

2. Il n’y en a donc pas dans les petites ? Cf. plus haut, p. 240,

DE l’esprit des LOIS

par conséquent peu de modération dans les esprits ; il y a de trop grands dépôts à mettre entre les mains d’un citoyen ; les intérêts se particularisent ; un homme sent d’abord qu’il peut être heureux, grand, glorieux, sans sa patrie ; et bientôt, qu’il peut être seul grand sur les ruines de sa patrie.

Dans une gr9.nde république, le bien commun est sacrifié à mille considérations ; il est subordonné à des exceptions ; il dépend des accidents. Dans une petite, le bien public est mieux senti, mieux connu, plus près de chaque citoyen ; les abus y sont moins étendus, et par conséquent moins protégés.

Ce qui fit subsister si longtemps Lacédémone, c’est qu’a- ' près toutes ses guerres elle resta toujours avec son territoire. Le seul but de Lacédémone était la liberté ; le seul avantage de sa liberté, c’était la gloire L

Ce fut l’esprit des républiques grecques de se contenter de leurs terres comme de leurs lois. Athènes prit de l’ambition, et en donna à Lacédémone ; mais ce fut plutôt pour commander à des peuples libres que pour gouverner des esclaves ; plutôt pour être à la tête de l’union que pour la rompre. Tout fut perdu lorsqu’une monarchie s’éleva : gouvernement dont l’esprit est plus tourné vers l’agrandissement.

Sans des circonstances particulières^, il est difficile que tout autre gouvernement que le républicain puisse subsister dans une seule ville. Un prince d’un si petit Etat chercherait naturellement à opprimer, parce qu’il aurait une grande puissance, et peu de moyens pour en jouir ou pour ,1a faire respecter : il foulerait donc beaucoup ses peuples. D’un autre côté, un tel prince serait aisément opprimé par une force étrangère, ou même par une force domestique ; le

d. Bel éloge de Sparte sans doute, mais Aristote signale à Sparte même rénorme disproportion des fortunes (« le pays entier, dit-il, est le patrimoine de quelques individus »), et il résume ainsi l’intention générale du législateur :

« Son but principal était de former les citoyens aux vertus militaires ; ce qui est bien si on ne veut qu’organiser la victoire. Aussi qu’est-il arrivé ? que Lacédémone s’est maintenue avec éclat pendant la guerre et perdue après la conquête. Toutes les institutions lui

apprenaient à se battre ; aucune ne l’avait préparée à vivre au sein de la paix, ))

Mais c’était un lieu commun, depuis l’antiquité, de louer les institutions Spartiates; aujourd’hui nous voyons bien qu’elles étaient contraires à la morale éternelle et à la nature ; c’est à Athènes, malgré ses défauts, que fleurit la vraie civilisation.

2. (( Comme quand un petit souverain se maintient entre deux grands Etats par leur jalousie mutuelle ; mais il n’existe que précairement. » (M.).

MONTESQUIEU

peuple pourrait à tous les instants s’assembler, et se réunir contre lui. Or, quand un prince d’une ville est chassé de sa ville, le procès est üni : s’il a plusieurs villes, le procès n’est que commencé

La «propriété distinctive de la monarchie », c’est qu’elle est « d’une grandeur médiocre», malgré le démenti apparent que l’Espagne donne à cette théorie ; un Etat petit se forme en république ; trop grand, sa dissolution ne peut être empêchée que par le despotisme (chap. xvii,

XVIIl).

«Un grand empire suppose une autorité despotique dans celui qui gouverne » ( chap. xix).

En conséquence, «pour conserver les principes du gouvernement établi, il faut maintenir l’Etat dans la grandeur qu’il avait déjà » (chap. xx).

On s’est beaucoup trop enthousiasmé, sur la foi des missionnaires, pour le gouvernement de la Chine : Montesquieu affirme que sa théorie n’est pas entamée, et que ce gouvernement si vanté n’est qu’un despotisme dont le principe est la crainte (chap. xxi).]

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