‹ Morceaux choisisChapitre 27 sur 369 · Autant et non aiissi^ « liés · texte numérisé non relu

Autant et non aiissi^ « liés

étant le participe passé passif du verbe « lier » et non un adjectif. Cf. CnouzET..., Gr. Fr., p. 132.

LETTRES PERSANES

générale, et ne la ressentaient que par la pitié; c’était le motif d’une union nouvelle. Ils travaillaient avec une sollicitude commune pour l’intérêt Oommun^; ils n’avaient de différends que ceux qu’une douce et tendre amitié faisait naître ; et dans l’endroit du pays le plus écarté, séparés de leurs compatriotes indignes de leur présence, ils menaient une vie heureuse et tranquille : la terre semblait produire d’elle-même, cultivée par ces vertueuses mains

Ils aimaient leurs femiïies, et ils en étaient tendrement chéris. Toute leur attention était d’élever leurs enfants à la vertu 3. Ils leur représentaient sans cesse les malheurs de leurs compatriotes, et leur mettaient devant les yeux cet exemple si triste ; ils leur faisaient surtout sentir que l’intérêt des particuliers se trouve toujours dans l’intérêt commun ; que vouloir s’en séparer, c’est vouloir se perdre ; que la vertu n’est point une chose qui doive nous coûter ; qu’il ne faut point la regarder comme un exercice pénible; et que la justice pour autrui est une charité pour nous^.

Ils eurent bientôt la consolation des pères vertueux, qui est d’avoir des enfants qui leur ressemblent. Le jeune peuple qui s’éleva sous leurs yeux s’accrut par d’heureux mariages : le nombre augmenta, l’union fut toujours la même; et la vertu, bien loin de s’affaiblir dans la multitude, fut fortifiée, au contraire, par un plus grand nombre d’exemples.

Qui pourrait représenter ici le bonheur de ces Troglodytes? Un peuple si juste devait être chéri des dieux. Dès qu’il ouvrit les yeux pour les connaître, il apprit à les craindre; et la religion vint adoucir dans les mœurs ce que la nature y avait laissé de trop rude^.

Ils instituèrent des fêtes en l’honneur des dieux. Les jeunes filles, ornées de fleurs, et les jeunes garçons les célébraient par leurs danses, et par les accords d’une musique

1. Ici l'intérêt « commun » à eux deux, en attendant qu’il devienne l’intérêt « commun » à une nation entière.

2. On sentira plus d’une fois l’influence de TeLémaqiie ; on la sentira jusque dans la musique de certains « couplets », car Montesquieu est un musicien.

3. Emploi heureux du mot élever; c’est le sens étymologique, et cependant il reste dans l’esprit quelque chose du sens dérivé : « éduquer, instruire ».

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