‹ Morceaux choisisChapitre 28 sur 369 · Telle est la morale du · texte numérisé non relu

Telle est la morale du

siècle, sociale exclusivement. Mais le « philosophe » a reculé par instants devant la démonstration à établir de la conformité de l’intérêt général à l’intérêt particulier. Certains, comme Duclos, en feront un article de foi. Les bons Troglodytes se contentent de « le faire sentir »

à leurs enfants. Il y a en tout cas dans ce passage de très belles formules.

5. La religion même est louée avant tout pour ses effets sociaux.

MONTESQUIEU

champêtre ; on faisait ensuite des festins, où la joie ne régnait pas moins que la frugalité. C’était dans ces assemblées que parlait la nature naïve, c’est là qu’on apprenait à donner le cœur et à le recevoir; c’est là que la pudeur virginale faisait en rougissant un aveu surpris, mais bientôt confirmé par le consentement des pères ; et c’est là que les tendres mères se plaisaient à prévoir de loin une union douce et fidèle'.

On allait au temple pour demander les faveurs des dieux ; ce n’était pas^ les richesses et une onéreuse abondance; de pareils souhaits étaient indignes des heureux Troglodytes ; ils ne savaient les désirer que pour leurs compatriotes. Ils n’étaient au pied des autels que pour demander la santé de leurs pères, l’union de leurs frères, la tendresse de leurs femmes, l’amour et l’obéissance de leurs enfants. Les filles y venaient apporter le tendre sacrifice de leur cœur, et ne leur demandaient d’autre grâce que celle de pouvoir rendre un Troglodyte heureux.

Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les bœufs fatigués avaient ramené la charrue, ils s’assemblaient; et dans un repas frugal ils chantaient les injustices des premiers Troglodytes et leurs malheurs, la vertu renaissante avec un nouveau peuple, et sa félicité r ils célébraient les grandeurs des dieux, leurs faveurs toujours présentes 3 aux' hommes qui les implorent, et leur colère inévitable à ceux qui ne les craignent pas ; ils décrivaient ensuite les délices de la vie champêtre, et le bonheur d’une condition toujours i^arée de l’innocence. Bientôt ils s’abandonnaient à un sommeil que 4e s soins^ et les chagrins n’interrompaient jamais.

La nature ne fournissait ^ pas moins à leurs désirs qu’à

L On distingue aisément ici quelque fadeur ; c’est la «bergerie» avec ses faux ornements et sa candeur trop littéraire.

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