cc Platon, L. Il, Bes Lois ; Aristote
MONTESQUIEU
jusqu’à notre pôle, vous y verrez l’ivrognerie augmenter avec les degrés de latitude. Passez du même équateur au pôle opposé, vous y < trouverez l’ivrognerie aller vers le Midi^, comme de ce côté-ci elle avait été vers le Nord.
11 est naturel que, là où le vin est contraire au climat^, et par conséquent à la santé, l’excès en soit plus sévèrement puni que dans les pays où l’ivrognerie a peu de mauvais effet pour la" personne, où elle en a peu pour la société, où elle ne rend point les hommes furieux, mais seulement stupides. Ainsi les lois^ qui ont puni un homme ivre, et pour la faute qu’il faisait, et pour l’ivresse, n’étaient applicables qu’à l’ivrognerie de la personne et non à l’ivrognerie de la nation. Un Allemand boit par coutume, un Espagnol par choix.
Dans les pays chauds, le relâchement des libres produit une grande transpiration des liquides ; mais les parties solides se dissipent moins Les libres, qui n’ont qu’une action très faible et peu de ressort, ne s’usent guère ; il faut peu de suc nourricier pour les réparer: on y mange donc très peu^
Ce sont les différents besoins dans les différents climats qui ont formé les différentes manières de vivre® ; et ces différentes manières de vivre ont formé les diverses sortes de lois. Que,Tdans une nation, les hommes se communiquent beaucoup, il faut de certaines' lois ; il en faut d’autres chez un peuple où l’on ne se communique point.
Dans les pays du Nord, une machine saine et bien
constituée, mais lourde, trouve ses plaisirs dans tout ce qui peut remettre les esprits ^ en mouvement, la chasse, les
3. « Comme fit Pittacus, selon Aristote, Politique, 1j. II, chap. Iii. Il vivait dans un climat où l’ivrognerie n’est pas un vice de nation. )) (M.).
Pittacus (Mitylène, 650 av. J.-G.
— 579), un des sept sages de la Grèce, législateur.