Voir plus haut, p. 290^ n
Montesquieu avait pu lire a Londres les attaques contre Walpole ; on lui reprochait sa corruption, son alliance avec la France ; celui-ci répondait plaisamment et les appelait : « patriotes, Spartiates, ou boys I »
2. Avant la révolution de 46il, il y eut une période de « calme affreux » ; les plus exaltés s’en allaient en Amérique ; les odieux supplices infligés aux gens pour opinions religieuses soulevaient une indignation sourde ; tout cela éclata, et la Révolution fut accomplie.
3. Il y a plus. Pour leur politique nationale, des souverains comme la reine Elisabeth purent appesantir leur tyrannie
sur le peuple, si attaché pourtant à ses chartes.
4. Menacés dans leurs libertés fondamentales, et dans leur religion, au moment où Jacques II s’appuie sur Louis XIV et a porté son armée au chiffre de 40,000 hommes, les Anglais appellent Guillaume d’O range parce qu’il est à la fois le champion du protestantisme et l’adversaire implacable de la France (4688). La révolution rapide de 1688 proclame la Déclaration des Droits (1689), qui précise à la fois les droits de la nation et ceux du pouvoir exécutif.
5, La censure est abolie en 1695. Lorsqu’en 1763 George III fait arrêter le journaliste Wilkes qui l’avait attaqué violem-
DE l’esprit des LOIS
Cette nation, toujours échauffée, pourrait plus aisément être conduite par ses passions que par la raison, qui ne produit jamais de grands effets sur l’esprit des hommes ; et il serait facile à ceux qui la gouverneraient de lui faire faire des entreprises contre ses véritables intérêts h
Cette nation aimerait prodigieusement sa liberté, parceque cette liberté serait vraie ; et il pourrait arriver que, pour la défendre, elle sacrifierait son bien, son aisance, ses intérêts ; qu’elle se chargerait des impôts les plus durs, et tels que le prince le plus absolu n’oserait les faire supporter à ses sujets^.
Mais, comme elle aurait une connaissance certaine de la nécessité de s’y soumettre, qu’elle payerait dans l’espérance bien fondée de ne payer pli\s, les charges y seraient plus pesantes que le sentiment de ces charges : au lieu qu’il y a des Etats où le sentiment est infiniment au-dessus du mal.
Elle aurait un crédit sûr, parce qu’elle emprunterait à ellemême, et se payerait elle-même. Il pourrait arriver qu’elle entreprendrait au-dessus de ses forces naturelles, et ferait valoir contre ses ennemis d’immenses richesses de fiction, que la confiance et la nature de son gouvernement rendraient réelles^.
Pour conserver sa liberté, elle emprunterait de ses sujets, et ses sujets, qui verraient que son crédit serait perdu si elle était conquise, auraient un nouveau motif de faire des efforts pour défendre sa liberté.
Si cette nation habitait une île, elle ne serait point conquérante, parce que des conquêtes séparées l’affaibliraient. Si le terrain de cette île était bon, elle le serait encore moins, parce qu’elle n’aurait pas besoin de la guerre pour s’enri-
ment,et finalement l’oblige pour un autre procès à se réfugier en France, le peuple prend parti pour le journaliste. Il est élu trois fois député (1768, 1769) bien qu’on annule son élection; la foule s’ameute, on écrit sur toutes les portes : 45 (le numéro du journal poursuivi en 1763) et on arrête même l’ambassadeur d’Autriche pour écrire 45 sur ses bottes. «Wilkes et liberté ! »
tel est le cri de ralliement.
1. George II désirait la guerre contre la France parce qu’il était prince électeur de Hanovre ; et cela valut à l’Angleterre les défaites de Fontenôy (1745) et de Lawfeld. Walpole, lui, déclarait
que l’Angleterre n’avait aucun intérêt sur le continent, sauf aux Pays-Bas ; après sa démission (1742), la politique fut changée.
2. L’Angleterre avait été accablée d’impôts de toutes sortes pendant les crises de la politique extérieure.
3. Ce sont les Billets de VEchiquier, correspondant à ce qu’on appelle en France les bons du Trésor. La Cour de VEchiquier (ainsi nommée à cause du parquet ou du tapis qu’on y voyait, suivant l’usage de Normandie) émettait des bons qui servaient à acquitter les dépenses. Ils furent créés sous Guillaume III.
MONTESQUIEU
chir. Et, comme aucun citoyen ne dépendrait d’un autre citoyen, chacun ferait plus de cas de sa liberté que de la gloire de quelques citoyens ou d’un seul h
Là on regaTderait les hommes de guerre comme des gens d’un métier qui peut être utile et souvent dangereux, comme des gens dont les services sont laborieux pour la nation même ; et les qualités civiles y seraient plus considérées^.
Cette nation, que la paix et Ja liberté rendraient aisée, affranchie des préjugés destructeurs, serait portée à devenir commerçante. Si elle avait quelqu’une de ces marchandises primitives qui servent à faire de ces choses auquelles la main de l’ouvrier donne un grand prix, elle pourrait faire des établissements propres à se procurer la jouissance de ce* don du ciel dans toute son étendue 3.
Si cette nation était située vers le Nord, et qu’elle eût un grand nombre de denrées superflues, comme elle manquerait aussi d’un grand nombre de marchandises que son climat lui refuserait, elle ferait un commerce nécessaire, mais grand, avec les peuples du Midi ; et, choisissant les Etats qu’elle favoriserait d’un commerce avantageux, elle ferait des traités réciproquement utiles avec la nation qu’elle aurait choisie^.