‹ Morceaux choisisChapitre 292 sur 369 · Observation très exacte · texte numérisé non relu

Observation très exacte

«Un homme qui a toujours sous les yeux, écrit Flaubert, autant d’étendue que l’œil humain en peut parcourir, doit retirer de cette iréquentation une sérénité

dédaigneuse. . . » ; on a souvent noté ce caractère fier et aventureux des peuples marins.

3. Toujours même tendresse intérieure pour ce peuple, dont la diplomatie n’eut pas, semblet-il,'des vertus de probité et de bonne foi exceptionnelles. Que devaient penser de ce passage nos arrière-grands-pères qui appelaient l’Angleterre a la perfide Albion » ?

DE l’esprit des LOIS

De plus, comme ils seraient en quelque façon garants des événements qu’une conduite détournée pourrait faire naître, le plus sûr pour eux serait de prendre le plus droit chemin.

Si les nobles avaient eu dans de certains temps un pouvoir immodéré dans la nation, et que le monarque eût trouvé le moyen de les abaisser en élevant le peuple, le point de l’extrême servitude aurait été entre le moment de l’abaissement des grands, et celui où le peuple aurait commencé à sentir son pouvoir h

Il pourrait être que cette nation, ayant été autrefois soumise à un pouvoir arbitraire, en aurait, en plusieurs occasions, conservé le style : de manière que, sur le fond d’un gouvernement libre, on verrait souvent la forme d’un gouvernement absolu^.

A l’égard de la religion, comme dans cet Etat chaque citoyen aurait sa volonté propre, et serait par conséquent conduit par ses propres lumières ou ses fantaisies, il arriverait, ou que chacun aurait beaucoup d’indifférence pour toutes sortes de religions, de quelque espèce qu’elles fussent, moyennant quoi tout le monde serait porté à embrasser la religion dominante ; ou que l’on serait zélé pour la rejligion en général, moyennant quoi les sectes se multiplieraient^.

Il ne serait pas impossible qu’il y eût dans cette nation des gens qui n’auraient point de religion, et qui ne voudraient pas cependant souffrir qu’on les obligeât à changer celle qu’ils auraient, s’ils en avaient une : car ils sentiraient d’abord que la vie et les biens ne sont pas plus à eux que leur manière de penser, et que qui peut ravir l’un peut encore mieux ôter l’autre

1. Tout ceci est d’une rigoureuse précision. Henri VII Tudor (1485-1508), régnant sur une nation épuisée par la guerre des Deux-Roses (guerre entre la noblesse féodale des York et des Lancastre), exerça un pouvoir absolu, et Henri VIII (1509-1547) déshonora son règne par des cruautés et des infamies dont on ne trouve l’équivalent que dans l’histoire des pires Césars romains.

2. La forme extérieure : ainsi dans cette nation où Fox disait : « On ne doit pas supporter que le roi soit son propre ministre », le secrétaire du Parlement, lisant un bilL voté, prononce la formule : « Le Roy le

veult », tout comme dans la monarchie française.

3. Notons d’abord que Montesquieu, qui a été frappé par le nombre des athées en Angleterre, trouve que c’est une excellente disposition que l’indifférence, pour embrasser la religion d’Etat ; puis, que la multiplication des sectes (et il y en avait une foule en Angleterre) lui paraît un gage de tranquillité.

4. Les persécutions dirigées contre les non-conformistes finirent par faire place à un système de tolérance, plus conforme aux idées philosophiques ; mais il faudra aller jusqu’en 1828-1829 pour que les mesures qui excluaient des emplois de

MONTESQUIEU

Si, parmi les dilTérentes religions, il y en avait une à rétablissement de laquelle on eût tenté de parvenir par la voie de l’esclavage, elle y serait odieuse, parce que, comme nous jugeons des choses par les liaisons et les accessoires que nous y mettons, celle-ci ne se présenterait jamais à l’esprit avec l’idée de liberté.

Les lois contre ceux qui professeraient cette religion^ ne seraient point sanguinaires : car la liberté n’imagine point ces sortes de peines ; mais elles seraient si réprimantes, qu^elles feraient tout le mal qui peut se faire de sang-froid.

Il pourrait arriver de mille manières ^ que le clergé aurait si peu de crédit que les autres citoyens en auraient davantage. Ainsi, au lieu de se séparer, il aimerait mieux supporter les mêmes charges que les laïques, et ne faire à cet égard qu’un même corps ; mais, comme il chercherait toujours à s’attirer le respect du peuple, il se distinguerait par une vie plus retirée, une conduite ^lus réservée, et des mœurs plus pures

Ce clergé ne pouvant protéger la religion, ni être protégé par elle, sans force pour contraindre, chercherait à persuader : on verrait sortir de sa x^lume de très bons ouvrages pour prouver la révélation et la providence du grand Être h

Il pourrait arriver qu’on éluderait ses assemblées et qu’on ne voudrait pas lui permettre de corriger ses abus mêmes ; et que, par un délire de la liberté, on aimerait mieux laisser sa réforme imparfaite que de souffrir qu’il lut réformateur^.

Les dignités, faisant partie de la constitution fondamentale, seraient plus fixes qu’ailleurs ; mais, d’un autre côté, les grands, dans ce pays de liberté, s’approcheraient plus

gouvernement et des droits politiques les membres des commissions dissidentes soient raportées ; bien plus, les biens es papistes étaient taxés d’une façon spéciale, etc.

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