‹ Morceaux choisisChapitre 293 sur 369 · Voir la note précédente · texte numérisé non relu

Voir la note précédente

2. Tout simplement par la réglementation de l’Eglise Anglicane (Bill des Trente-Neuf Articles, lü62).

3. Double allusion au clergé de France d’alors, qui ne supporte pas les mêmes charges que le reste de la nation et qui refuse continuellement de s’y soumettre, et qui, d'autre part.

n’a pas toujours des mœurs irréprochables.

4, Je ne sais s’il y a ici une allusion ironique aux nombreux écrits théologiques anglais ; cela ne serait pas dans le ton du morceau. Montesquieu ne voudrait-ii pas nous faire comparer les écrits des « philosophes »

religieux anglais à la foule des publications jansénistes et autres, qui étaient bien inférieures et autrement dangereuses en France ?

5. Très juste, puisque toute cour ecclésiastique est illégale d’après ldi Déclaration des Droits^

t)E l’esprit des lois

du peuple : les rangs seraient donc plus séparés, et les personnes plus confondues ^

• Ceux qui gouvernent, ayant une puissance qui se remonte, pour ainsi dire, et se refait tous les jours, auraient plus d’égard pour ceux qui leur sont utiles que pour ceux qui les divertissent : ainsi, on y verrait peu de courtisans, de flatteurs, de complaisants, enün de toutes ces sortes de gens qui font payer aux grands le vide même de leur esprit.

On n’y estimerait guère les hommes par des talents ou des attributs frivoles, mais par des qualités réelles ; et de ce genre il n’y en a que deux : les richesses et le mérite personnel.

Il y aurait un luxe solide, fondé, non pas sur le raffinement de la vanité, mais sur celui des besoins réels ; et l’on ne chercherait guère dans les choses que les plaisirs que la nature y a mis^.

On y jouirait d’un grand superflu, et cependant les choses frivoles y seraient proscrites : ainsi, plusieurs, ayant plus de bien que d’occasions de dépense, l’em])loieraient d’une manière bizarre ; et dans cette nation il y aurait ,plus d’esprit que de goût.

Gomme on serait toujours occupé de ses intérêts, on n’aurait point celte politesse qui est fondée sur l’oisiveté ; et réellement on li’en aurait pas le temps

L’époque de la politesse des Romains est la même que celle de l’établissement du pouvoir arbitraire. Le gouvernement absolu produit l’oisiveté, et l’oisiveté fait naître la politesse ^

4. Opposition souvent signalée entre l’aristocratie de l’Angleterre, que Macaulay n’hésite pas à déünir « l’aristocratie la plus démocratique de l’univers », et l’aristocratie française qui a été, quoi qu’on en pense, une des plus fermées du monde entier.

2. Nous ne pouvons pas ne pas voir la corruption dont l’Angleterre souffrait malgré ces hautes vertus.

3. Pourquoi ne pas ajouter que c’était là l’origine de la rapacité, de l’égoïsme, de la dureté? Ce luxe « solide », « fondé sur les besoins réels », manque de « goût », nous dit Montesquieu ; il ne développera pas davantage les intérêts généreux et idéalistes I

4. Est-ce un avantage ? Soit, mais qui ne voit les inconvénients ?

5. Il s’agit moins de Rome que de la France. Il y a certainement quelque chose de vrai dans cette affirmation que les plus beaux temps pour la politesse ne sont pas ceux où la démocratie est souveraine, mais où le gouvernement est absolu ; seulement, il faut s’entendre sur le sens de « politesse ». Les seigneurs de Louis XIV, qui saluaient avec tant de grâce et si )rofondément, crachaient sur es murs et accomplissaient en public d’autres actions que le plus mal élevé de nos contemporains se cacherait pour accomplir ; et d’ailleurs, leur brutalité instinctive reparaissait en plus

MONTESQUIEU

Plus il y a de gens dans une nation qui ont besoin d’avoir des ménagements entre eux et de ne pas déplaire, plus il y a de politesse. Mais c’est plus la politesse des mœurs que celle des manières qui doit nous distinguer des peuples barbares.

Dans une nation où tout homme, à sa manière, prendrait part à l’administration de l’Etat, les femmes ne devraient guère vivre avec les hommes. Elles seraient donc modestes, c’est-à-dire timides ; cette timidité ferait leur vertu : tandis que les hommes, sans galanterie, se jetteraient dans une débauche qui leur laisserait toute leur liberté et leur loisir h

Les lois n’y étant pas faites pour un particulier plus que pour un autre, chacun se regarderait comme monarque ; et les hommes, dans cette nation, seraient plutôt des confédérés que des concitoyens

Si le climat avait donné à bien des gens un esprit inquiet et des vues étendues, dans un pays où la constitution donnerait à tout le monde une part au gouvernement et des intérêts politiques, on parlerait beaucoup de politique ; on verrait des gens qui passeraient leur vie à calculer des événements qui, vu la nature des choses et le caprice de la fortune, c’est-à-dire des hommes, ne sont guère soumis au calcul^.

Dans une nation libre, il est très souvent indifférent que les particuliers raisonnent bien ou mal ; il suffit qu’ils raisonnent : de là sort la liberté, qui garantit des effets de ces mêmes raisonnements.

De même, dans un gouvernement despotique, il est également pernicieux qu’on raisonne bien ou mal ; il suffit qu’on raisonne pour que le principe du gouvernement soit choqué.

Bien des gens qui ne se soucieraient de plaire à personne s’abandonneraient à leur humeur. La plupart, avec de l’esprit, seraient tourmentés par leur esprit même ; dans le dédain ou le dégoût de toutes choses, il seraient malheureux avec tant de sujets de ne l’être pas^.

d’une circonstance ; si c’est « la politesse des mœurs » qui importe et non celle des manières, ce sont les gens du 17« siècle qui sont de grossiers personnages ; quant aux Anglais froids ou impolis, ils le sont par égoïsme, non par manque de loisir.

1. Voici l’observateur clairvoyant des Notes sur V Angleterre.

Page 1