Le pied, mesure de longueur, 12 pouces, 0î
La toise — 6 i^ieds = 1«> 949.
2. Quel feu roulant ininterrompu et toujours nourri! C’est du La Bruyère écrit par un jeune homme qui est plein de A^erve et d’esprit ! Et Montesquieu a 61 ans !
3. Art merveilleux de finir sur un exemple qui illustre le développement par une dernière clarté.
4. Le meilleur moyen de nous faire sentir combien il reste maître de lui-même, c’est pour Montesquieu de montrer qu’il est parfaitement capable de distinguer entre la critique, qui est digne
de ce nom, et la critique janséniste. Il n’y manque pas, et la Défense finit par un passage plus modéré à la fois et plus paisible.
5. Remarquez le dédain tranquille et l’assurance ferme de ces dernières lignes. C’est presque un avertissement de ne pas recommencer, et c’est une explication qui doit concilier à l’auteur de la Défense la sympathie de ceux qui le lisent, en même temps qu’elle renferme un dernier trait pour un adversaire dont il a triomphé.
* Quelles leçons générales de polémique pouvez-vous tirer de la Défense de V Esprit des Lois ?
LYSIMAQUE
L’œwvre expliquée.
[Montesquieu écrivait le 4 avril 1751 à M. de Solignac, secrétaire de la Société littéraire de Nancy, fondée par Stanislas Leczinski, ancien roi de Pologne, devenu duc de Bar et de Lorraine :
« Monsieur, je crois ne pouvoir mieux faire mes rem.erciements à la Société littéraire, qu’en payant le tribut que je lui dois, avant même qu’elle me le demande, et en faisant mon devoir d’académicien au moment de ma nomination ; et comme j^ fais parler un monarque, que ses grandes qualités élevèrent au trône de l’Asie, à qui ces mêmes qualités firent éqirouver de grands revers, je le peins comme le père de la patrie, l’amour et les délices de ses sujets ; j’ai cru que cet ouvrage convenait mieux à votre société qu’à tout autre. Je vous supplie d’ailleurs de vouloir bien lui marquer mon extrême reconnaissance, »
RapprocKons^ de cette lettre, les quelques lignes qui précédèrent le fragment, lorsqu’il parut dans le Mercure de France (décembre 1754, 2® vol., p. 31) :
« L’auteur de VEsprit des Lois nous a permis d’imprimer le morceau suivant, qu’il a fait pour l’Académie de Nancy ; cette fiction est si intéressante et si noble, qu’il n’est pas possible de la lire sans aimer et sans admirer le grand prince qui en est l’objet. »
Quel était ce grand prince ? Lysimaque sans doute, mais encore et surtout Stanislas le Bienfaisant. Il y a cependant autre chose dans ce morceau qu’on dirait écrit après une lecture du Télémaque,
Fidèle aux admirations de toute sa vie, Montesquieu nous donne en
1. Un des généraux d’Alexandre. Il reçut enpartage la Thrace et les pays situés le long du Pont-Euxin. Très fort et très hardi, il fut, dans une chasse, vainqueur d’un combat contre un lion ; de là, la fable célèbre ue Montesquieu avait pu lire ans Justin, Plutarque, Pline l’Ancien, etc. Il lutta contre Seuthès, prince barbare, se ligua avec Cassandre et Ptolémée contre Antigone, construi-
sit Lysimachie en 309, remporta avec Séleucus la victoire d’Ipsus (301), et obtint la Bithynie et quelques villes d’Asie Mineure. Une troisième ligue contre le fils d’Antigone, DémétriuSj avec Pyrrhus et Ptolémée, lui valut la Macédoine (286). Quatre ans après, ayant fait mettre à mort son fils Agathocle, il vit son peuple se soulever, Séleucus marcher contre lui, et il fut tué à la bataille de Gyropédion (281).
Fig. 26. — Portrait de Stanislas de Lorraine.
Très nonibieiises sont les ('slainpes cjui représentent Stanislas I®’', et font suivre son })ortrait des vers les plus flatteurs. On lit dans l’une d’elles:
Sous les traits de ce roi, dans l’Iieureuse Lorraine,
On retrouve Auguste et Titus,
Autant (jue ses l)ienfaits son exemple y ramène Le rè{fne (tes talents, (tes arts et (tes Vertus.
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LYSIMAQUB
quelques pages une noble peinture de Tâme stoïcienne. Par là, elles ont mérité de vivre. « Ce merveilleux talent d’expliquer, de peindre et de renouveler l’antiquité ne paraîtrait pas tout entier, si l’on oubliait un de ces précieux fragments où l’homme supérieur révéle d’autant plus sa forme qu’il la renferme et la resserre dans un espace plus'borné, » Tel est, dans son Eloge de Montesquieu^ le jugement de Villemain sur Lysimaque, Ce « précieux fragment » offre donc un intérêt qui dépasse de beaucoup celui d’une pièce de circonstance : « ce spiritualisme altier, ajoute Villemain, ce mépris de la terre, cet orgueil et cette joie de la douleur qui rendaient les âmes invincibles, qui les rendaient heureuses ; toutes les grandeurs morales luttant contre la puissance d’Alexandre, -devenu cruel ; Lysimaque réservé par les dieux pour consoler la terre : quelle leçon historique, quels acteurs, et ‘ quel intérêt 1 Quelques pages ont suffi pour tout dire et tout peindre. » ]
Texte intégral*
Lorsque Alexandre eut détruit l’empire des Perses, il voulut que Ton crût qu’il était fils de Jupiter. Les Macédoniens étaient indignés de Voir ce prince rougir d’avoir Pliilippe pour père ; leur mécontentement s’accrut lorsqu’ils lui virent prendre les mœurs, les habits et les manières des Perses ; et ils se reprochaient tous d’avoir tant fait pour un homme qui commençait à les mépriser ; mais on murmurait dans l’armée, et on ne parlait pas h Un philosophe, nommé Callisthène 2, avait suivi le roi dans son expédition. Un jour qu’il le salua à la manière des