‹ Morceaux choisisChapitre 319 sur 369 · Callisthène d’Olyuthe · texte numérisé non relu

Callisthène d’Olyuthe

328), disciple et neveu d’Aristote.

Avant de suivre Alexandre, il avait écrit une Histoire grecque (10 livres), une Histoire de la Guerre sacrée, une étude anatomique de l’œil. C’est lui qui envoyait à Aristote les observations faites pendant plusieurs siècles par les Babyloniens sur le cours des astres. De mœurs sévères, d’une éloquence fière et digne, il choqua Alexandre dont il refusait de reconnaître la divinité ; impliqué dans la conspiration d’ilermolaos, il est, malgré son innocence, enfermé dans une cage, et, après d’horribles supplices, mis à mort en Bactriane. Il laissait une Vie d'Alexandre, inachevée, dont nous avons des fragments.

MONTESQUIEU

Grecs : « D’où vient, lui dit Alexandre, que tu ne m’adores pasi ? — Seigneur, lui dit Callisthène, vous êtes chef de deux nations : l’une, esclave avant que vous l’eussiez soumise, ne l’est pas moins depuis que vous l’avez vaincue ; l’autre, libre avant qu’elle vous servît à remporter tant de victoires, l’est encore depuis que vous les avez remportées^. Je suis Grec, seigneur ; et ce nom, vous l’avez élevé si haut, que, sans vous faire tort, il ne vous est plus permis de l’avilir. »

Les vices d’Alexandre étaient extrêmes comme ses vertus : il était terrible dans sa colère ; elle le rendait cruel. Il fit couper les pieds, le nez et les oreilles à Callisthène, ordonna qu’on le mît dans une cage de fer, et le fit porter ainsi à la suite de l’armée

J’aimais Callisthène ; et de tout temps, lorsque mes occupations me laissaient quelques heures de loisir, je les avais employées à l’écouter : et, si j’ai de l’amour pour la vertu, je le dois aux impressions que ses discours faisaient sur moi. J’allai le voir. « Je vous salue, lui dis-je, illustre malheureux, que je vois dans une cage de fer comme on enferme une bête sauvage, pour avoir été le seul homme de Tarmée.

« — Lysimaque, me dit-il, quand je suis dans une situation qui demande de la force et du courage, il me semble que je me trouve presque^ à ma place. En vérité, si les dieux ne m’avaient mis sur la terre que pour y mener une vie voluptueuse, je croirais qu’ils m’auraient donné en vain une âme grande et immortelle. Jouir des plaisirs des sens est une chose dont tous les hommes sont aisément capables ; et, si les dieux ne nous ont faits que pour cela, ils ont fait un ouvrage plus parfait qu’ils n’ont voulu, et ils ont plus exécuté qu’entrepris®. Ce n’est pas, ajouta-t-il, que je sois

1. Adorer ~ se prosterner devant : (du latin adorare^ non pas :

« porter à la bouche », mais : « s’adresser à quelqu’un », puis « prier quelqu'un »). «Il voulait, dit l’historien Quinte-Curce, qu’à la façon perse les Macédoniens le saluent, en prosternant leur corps à terre. 'ti

2. Le style de Montesquieu, antithétique et ferme, convient à nierveille au stoïque Callisthène. Arrien lui fait dire dans son Histoire d’Alexandre (cf. p.

256, n. 2): «Je dois rappeler à ton souvenir la Grèce pour laquelle tu as entrepris celte expédition.

A ton tour, exigeras-tu des Grecs, le peuple le plus libre du inonde, qu’ils se prosternent en ta présence, ou en seront-ils dispensés, et cette humiliation serat-elle réservée aux seuls Macédoniens? » (L. IV, chap. XI). Il y a plus de nerf dans les paroles que lui prête Montesquieu.

3. Les opinions varient. Plutarque et (Juinte-Gurce disent qu’il fut mis à mort.

Page 1