Cf. Télémaque, notamment L. IX, XIII
7. Affectionné^ adjectif = dévoué d, ne doit* pas se confondre avec affectionne., participe = aimé. Cf. la formule de politesse :
« votre très humble et très affectionné serviteur ».
MONTESQUIEU
VOUS me regardiez comme le vrai successeur de ceux que vous avez tant aimés. »
Il fit venir les deux chefs les plus dangereux de la révolte^ et dit au peuple :
<f Je les fais mener devant vous pour que vous les jugiez vous-mêmes. »
Chacun, en les condamnant, chercha à se justifier.
<i Connaissez, leur dit-il, le bonheur que vous avez de vivre sous un roi qui n’a point de passion lorsqu’il punit, et qui n’en met que quand il récompense ; qui croit que la gloire de vaincre n’est que l’effet du sort, et qu’il ne tient que de lui-même celle de pardonner.
« Vous vivrez heureux sous mon empire, et vous garderez vos usages et vos lois h Oubliez que je vous ai vaincus par les armes, et ne le soyez que par mon affection. »
Toute la nation vint rendre grâce à Arsace de sa clémence et de la paix. Des vieillards portaient la parole^. Le premier parla ainsi ;
« Je crois voir ces grands arbres qui font l’ornement de notre contrée. Tu en es la tige, et nous en sommes les feuilles ; elles couvriront les racines des ardeurs du soleil. »
Le second lui dit :
c( Tu avais à demander aux dieux que nos montagnes s’abaissassent, pour qu’elles ne pussent pas nous défendre contre toi. Demande-leur aujourd’hui qu’elles s’élèvent jusques aux nues, pour qu’elles puissent mieux te défendre contre tes ennemis. »
Le troisième dit ensuite :
c( Regarde le fleuve qui traverse notre contrée : là où il est impétueux et rapide, après avoir tout renversé, il se dissipe et se divise au point que les femmes le traversent à pied. Mais si tu le regardes dans les lieux où il est doux et tranquille, il grossit lentement ses eaux, il est respecté des nations, et il arrête les armées 3. »
Depuis ce temps ces peuples furent les plus fidèles sujets de la Bactriane.
Cependant le roi de Médie api^rit qu’ Arsace régnait dans la Bactriane. Le souvenir de l’affront qu’il avait reçu se
1. Usages = pratiques généralement reçues ; « Il est certain que les anciennes monarchies se sont gouvernées par des usages plutôt que par des lois. » (Gon- DiLLAG, Histoire ancienne^ Lois, VIL)
2. Porter la parole = parler au nom d'un autre, (d’une compagnie, d’un corps constitué).