‹ Morceaux choisisChapitre 341 sur 369 · Cf. p. 301, n · texte numérisé non relu

Cf. p. 301, n

3. Parues pendant la querelle des Anciens et des Modernes, cf. pp. 66 sq., et notes.

4. La République de Platon renferme le plan de la cité communiste idéale ; les Lois renferment le plan d’une cité imaginaire sans doute, mais beaucoup plus près de la réalité. La Pmliaue

d’Aristote est au contraire un ouvrage pratique, résultat de longues études sur les constitutions. Cf. p. 210.

5. Circonstances, c.-à-d. anecdotes, détails de la vie familière, etc. « 11 a une grâce inimitable, dit Rousseau , à peindre les grands hommes dans les petites choses.» {Emile, II.) Cf. : Jean- Jacques Rousseau, même collection, pp. 230 sq.

MONTESQUIEU

douceurs de la vertu et la dignité de leur être que Marc- An tonin : le cœur est touché, Tâme agrandie, l’esprit élevé h

Plagiat : avec très peu d’esprit on peut faire cette objection-là. Il n’y a plus d’originaux, grâce aux petits génies Il n’y a pas de poète qui n’ait tiré toute sa philosophie des anciens. Que deviendraient les commentateurs sans ce privilège ? Ils ne pourraient pas dire : « Horace a dit ceci ... Ce passage se rapporte à tel autre deThéocrite, où il est dit...» Je m’engage à trouver dans Cardan ^ les pensées de quelque auteur que ce soit, le moins subtil^.

Montesquieu, juge des Modernes.

Les quatre grands poètes, Platon, Malebranche, Shaftesbury^, Montaigne.

Dans la plupart des auteurs, je vois l’homme qui écrit; dans Montaigne, l’homme qui pense.

Les maximes de la Rochefoucauld sont les proverbes des gens d’esprit.

P’ontenelle, autant au-dessus des autres hommes par son cœur, qu’au-dessus des hommes de lettres par son esprit®.

1. Marc Aurèle (Marcus-Aurelius-Antoninus-Augustus), 121- 180, empereur depuis 161, dont la vie fut une suite de vertus et dont les Pensées montrent un stoïcisme, plus tendre et plus humain que celui d’Epictète.

2. C’était à ce petit travail que se livraient un certain nombre de' critiques, Desfontaines notamment, et surtout son collaborateur Féron qui a dénoncé et inventé tant de plagiats.

3. Jérôme Cardan (Pavie 1501- 1576), un des esprits les plus encyclopédiques de son temps. Il y a de tout et de tout dans son œuvre, dont une édition en 10 infolio avait été publiée à Lyon l’année 1663 (mathématiques, mécanique, chimie, philosophie, morale, médecine, etc., etc.).

4. Et pourtant Cardan l’était beaucoup, jusqu’à l’extravagance inclusivement.

5 . Antoine Ashley - Cooper, comte de Shaftesbury (Lcndres 1671 — Naples 1713), homme d’Etat anglais, remplace son père à la Chambre des lords (1693); très lié avec Guillaume III, et très libéral, il vit dans la retraite après l’avènement de la reine Anne. C’est un écrivain très résolument antichrétien, et

ar là cher aux « philosophes ».

es Recherches sur la VertUy considèrent les rapports de la vertu et de la religion ; sa Lettre sur V enthousiasme se moque des prétendus prophètes des Gévennes (trad. en français 1709): il a laissé divers écrits de morale. A côté de Platon, il fait, malgré tout son talent, assez piètre fignre.

6. Voilà qui surprend. On connaît le mot de de Tencin, disant qu’il avait de la cervelle à la place du cœur.

MES PENSÉES

Nous n’avons pas d’auleur tragique qui donne à l’ânic de plus grands mouvements que Ciébilloni, qui nous arrache plus à nous-mêmes, qui nous remplisse plus de la vapeur du dieu qui l’agite : il vous fait entrer dans le transport des bacchantes. On ne saurait juger son ouvrage, parce qu’il commence par troubler cette partie de l’âme qui réfléchit. C’est le véritable tragique de nos jours, le seul qui sache bien exciter la véritable passion de la tragédie, la terreur.

Quel siècle que le nôtre, où il y a tant de critiques et de juges, et si peu de lecteurs!

Voltaire-n’est pas beauj il n’est que joli : il serait honteux pour l’académie que Voltaire en fût, et il lui sera quelque jour honteux qu’il n’en ait pas été.

Les ouvrages de Voltaire sont comme les visages mal proportionnés qui brillent de jeunesse.

Voltaire n’écrira jamais une bonne histoire. Il est comme les moines qui n’écrivent pas pour le sujet qu’ils traitent, niais pour la gloire de leur ordre. Voltaire écrit pour son couvent.

Charles XII, toujours dans le prodige, étonne, et n’est pas grand. Dans cette histoire, il y a un morceau admirable, la retraite de Schulembourg^, morceau écrit aussi vivement qu’il y en ait. L’auteur manque quelquefois de sens.

Plus le poème de la Ligue^ paraît être VÉnéide, moins il l’est.

Un honnête homme (M. Rollin) a, par ses ouvrages d’histoire, enchanté le public. C’est le cœur qui parle au cœur ; on sent une secrète satisfaction d’entendre parler la vertu : c’est l’abeille de la France h

1. Prosper Jolyot de Grébillon (Dijon 1674-1762), le poète de la (( chair de poule », rautcur de Rhadamiste et Zénobie

trée et Thyeste (1707). Cet eloge n’eût pas fait plaisir à Voltaire.

2. Général allemand au service d’Auguste II de Pologne. — Le passage est au Livre ÏII du Charles XTI de Voltaire 5 Auguste a confié son armée découragée à Schulemboiirg qui la sauve « par des retraites glorieuses ». Le récit est en effet admi-

rable de simplicité sobre et de nette rapidité.

3. Premier titre de IsiHenriade, — Gela est vrai, mais cela n’a pas empêché que les éditions se soient multipliées jusqu’à la fin du siècle.

/i. L’auteur du Traité des Etudes (1726-1728), avait publié une Histoire ancienne (13 vol. 173 0- <• 1738), et une Histoire romaine (1738). Un honnête homme, vertueux, cela est vrai ; !’« abeille de la France », c’est autre chose.

MONTESQUIEU

3oi

Parmi les auteurs qui -ont écrit sur l’histoire de France, les uns avaient peut-être trop d’érudition pour avoir assez de génie, et les autres troj) de génie pour avoir assez d’éruditionh

Montesquieu, juge des grands Hommes français.

Nous n’avons pas laissé d’avoir^ en France de ces hommes rares qui auraient été avoués des Romains.

La foi, la justice, et la grandeur d’âme montèrent sur le trône avec Louis IX.

La France n’a jamais eu de meilleur citoyen que Louis XII.

Le chancelier de l’HospitaP, tel que les lois, fut sage comme elles dans, une cour qui n’était calmée que par les plus profondes dissimulations, ou agitée que par les passions les plus violentes.

Il semble que l’âme de Miron^^ prévôt des marchands, fût celle de tout le peuple.

Henri IV. . . Je n’en dirai rien, je parle à des Français.

Louis XIV, ni paciüque, ni guerrier : il avait les formes de la justice, de la politique, de^la dévotion, et Pair d’un grand roi. Doux avec ses domestiques, libéral avec ses courtisans, avide avec ses peuples, inquiet avec ses ennemis, despotique dans sa famille, roi dans sa cour, dur dans ses conseils, enfant dans celui de conscience, dupe de tout ce qui joue le prince : les ministres, les femmes et les dévôts; toujours gouvernant et toujours gouverné ; malheureux dans ses choix, aimant les sots, souffrant les talents, craignant l’esprit; sérieux dans ses amours, et, dans son dernier attachement, faible à faire pitié ; aucune force d’esjirit dans lés succès ; de la sécurité dans les revers, du courage dans sa mort. Il aima la gloire et la religion, et on l’empêcha

1. Il faudra aller jusqu’au 19e siècle i:>our voir l’alliance heureuse du génie et de l’érudition.

2. Michel de l’Hôpital (Aigueperse 1506-1573), surintendant des finances, puis chancelier.

« Ne fallait pas trop se jouer, dit Brantôme, à ce rude magistral et censeur Caton » -, ferme

contre les ambitieux et les fanatiques, tolérant, bon patriote, secourable aux- opprimés, il fut un grand citoyen.

3. 'Mort en 1609: il lit construire avec ses émoluments de prévôt l’ancienne façade de l’hôtel de ville, et travailla sans relâche à embellir Paris.

MES PENSÉES

toute sa vie de connaître ni l’une ni l’autre. 11 n’aurait eu presque aucun de ces défauts, s’il avait été un peu mieux élevé, et s’il avait eu un peu plus d’esprit.

Il avait l’àme plus grande que l’esprit. Madame de Maintenon abaissait sans cesse cette âme pour la mettre à son points.

Les plus méchants citoyens de France furent Richelieu^ et Louvois. J’en nommerais un troisième3;mais épargnons-le dans sa disgrâce.

Le Philosophe du 18* siècle.

La France se perdra par les gens de guerre.

Ce sont toujours les aventuriers qui font de grandes choses, et non pas les souverains des grands empires.

Quand, dans un royaume, il y a plus d’avantage à faire sa cour qu’à faire son devoir, tout est perdu.

Je ne puis comprendre comment les princes croient si aisément qu’ils sont tout, et comment les peuples sont si prêts à croire qu’ils ne sont rien.

La plupart des princes et des ministres ont bonne volonté; ils ne savent comment s’y prendre.

Le prince doit avoir l’œil sur l’honnêteté publique, jamais sur les particuliers.

On n’appelle plus un grand ministre un sage dispensateur des revenus publics, mais celui qui a de l’industrie, et de ce qu’on appelle des expédients.

1. Gela est dur. On voit dans quel esprit Montesquieu aurait écrit V Histoire de Louis XIV à laquelle il songeait.

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