‹ Morceaux choisisChapitre 342 sur 369 · Cf. p. 100, n. 2, et 98, n · texte numérisé non relu

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d Richelieu, dit encore Montesquieu, fit jouer à son monarque le second rang dans la monarchie, et le premier dans l’Europe ; il avilit le roi, mais illustra le règne ». Ce jugement est plus favorable; mais au fond Montesquieu ne saurait pardonner au Cardinal d’avoir incliné la mo-

narchie vers le despotisme, en détruisant les privilèges des corps intermédiaires : « Quand cet nomme n’aurait pas eu le despotisme dans le cœur, il l’aurait eu dans la tête ». {Esprit des Lois, L. V, chap. X.)

3. « M. de Maurepas », disent les éditeurs. Jean-Frédéric Phelippeaiix, comte de Maurepas (lVOl-1781), ministre d’Etat, exilé à Bourges en 1749. Il semble cependant qu’il' avait rendu assez de services à cette date.

MONTESQUIEU

La vanité des gueux est aussi bien fondée que celle que je prendrais sur une aventure arrivée aujourd’hui chez le cardinal de Polignac ^ où je dînais. Il a pris la main de l’aîné de la maison de Lorraine, le duc d’Elbeuf ^ ; et après le dîner, quand le prince n’y a plus été, il me l’a donnée. 11 me la donne à moi, c’est un acte de mépris : il l’a prise au prince, c’est une marque d’estime. C’est pour cela que les princes sont si familiers avec leurs domestiques : ils croient que c’est une faveur, c’est un mépris.

Je disais à un homme ; « Fi donc ! vous avez les sentiments aussi bas ^u’un homme de qualité. »

Tout homme doit être poli, mais aussi il doit être libre.

J’ai toujours vu que, pour réussir dans le monde, il fallait avoir l’air fou, et être sage.

Une belle action est celle qui a de la bonté, et qui demande de la force pour la faire.

L’héroïsme que la morale avoue ne touche que peu de gens : c’est l’héroïsme qui détruit la morale, qui nous frappe et cause notre admiration.

J’ai vu les galères de Livourne et de Venise ; je n’y ai pas vu un seul homme triste. Cherchez à présent à vous mettre au cou un morceau de ruban bleu pour être heureux !

Le mérite console de tout.

Je disais à madame du Châtelet : « Vous vous empêchez de dormir pour apprendre la philosophie ; il faudrait au contraire étudier la philosophie pour apprendre à dormir ^ »

4. Melchior de Polignac, cardinal (La Voultc 1661-1741), Pauteur de VAnti- Lucrèce^ qui remplaça Bossuet à r Académie. Montesquieu Pavait beaucoup vu en Italie, où le cardinal resta 8 ans chargé des aftaires de France ; il termina les différends nés de la' bulle Unigenitus. (Cf. p. 83.)

2. De la maison de Lorraine- Guise (branche cadette). Emmanuel Maurice (1677-1763), après avoir commandé un régiment de cavalerie dans le royaume de Naples (1706-1719), fit faire les

premières fouilles qui permirent de découvrir Herculanum.

3. La belle Emilie (1706-1749), Pamie de Voltaire à partir de 1733 à Girey, très instruite,^ et travaillant sans relâche. Elle avait concouru à l’Académie des Sciences, étant surtout portée vers les sciences exactes ; elle publia en 1740 une AnUlyse de la Philosophie de I^ibnitz. Après sa mort, on publia sa traduction des Principes de Newton, avec un Eloge de Voltaire.

CORRESPONDANCE

Extraits*

f qu’en pensent certains critiques, la correspondance de Montesquieu offre un vif intérêt. Les lettres que nous avons de lui n’ajoutent rien à sa gloire, cela est vrai ; mais elles lious aident à le Anieux con < naître, et ce sont des documents précieux que ces pages écrites sans aucune prétention, et où l’homme apparaît tout entier. Le premier recueil fut publié en 1767 par l’abbé de Guasco sous ce titre : Lettres familières du Président de Montesquieu. « Familières », le titre était heureux. L’édition Laboulaye (T. VII) -donne environ 150 lettres ; d’autres sont à la Brède, encore inédites. C’est peu en comparaison du nombre considérable des lettres de Voltaire, de Jean-Jacques, de Diderot : peutêtre y a-t-il dans cette constatation même quelque chose qui répond à l’idée que nous nous faisons de Montesquieu, et qui n’est pas fait pour nous déplaire. Montesquieu n’était pas de ceux qui se livrent à tout propos et hors de propos : « amoureux de l’amitié », il avait peu d’amis et peu de correspondants.]

A Moncrifi,

de l’Académie française.

J’oubliai d’avoir l’honneur de vous dire, Monsieur, que si le sieur Preau^ dans l’édition de ce petit romand allait mettre quelque chose qui, directement ou indirectement,^ put faire penser que j’en suis l’auteur, il me désobligerait beaucoup. Je suis à l’égard des ouvrages qu’on m’a attribués, comme la Fontaine-MarteD était pour les ridicules ; on me

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