Voijages, I, p. 244 ; cf. Tbid., p
2. Dans la première édition de V Esprit des Lois (Genève, 2 in-4®), Montesquieu voulait placer l’« invocation aux Muses », en tête du tome II. Il avait de mandé au pasteur genevois Jacob Vernet de revoir les épreuves. Ce dernier trouva r« invocation » déplacée et en-
gagea l’auteur à la supprimer. Montesquieu résista, puis se rangea à l’avis de Vernet.
3. * Etudier le sentiment de l’antiquité dans V invocation aux Muses de Montesquieu et la Prier e sur V Acropole de Renan, dont Flaubert écrivait :
(( Je ne sais s’il existe en français une plus belle page de prose ».
NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE
qui vaille ^ ». Comme ces lignes viennent après celle-ci : « J’ai travaillé à VEsprit des Lois toute ma vie », on a conclu non sans raison que ces efforts ne furent pas stériles. D’ailleurs, Montes-' quieu se créait d’autres occupations : il composait un ouvrage destiné à prouver que l’idolâtrie de la plupart des païens ne méritait pas une damnation éternelle. L’ouvrage est perdu. Le sujet seul suffît à nous montrer, dans cet admirateur des Anciens, un ennemi de l’intolérance religieuse. Quant à la forme adoptée, c’était une suite de lettres. Montesquieu reviendra à cette forme quelques années après.
Le père de Montesquieu meurt en novembre 1713. Un an après, Montesquieu a atteint l’âge requis pour entrer dans la magistrature : il est reçu conseiller au Parlement de Bordeaux, le 24 février 17142. Son oncle paternel, président à mortier, ayant perdu son fils unique, fait de Montesquieu l’héritier de ses biens et de son titre ; il meurt en 1716, et, le 13 juillet de la même année, son neveu lui succède dans sa charge et dans son nom. Jusque là en effet, il s’était appelé Charles-Louis de la Brède ; désormais il prend le nom de Montesquieu, qu’il devait rendre immortel.
Il a déclaré très franchement que la fonction de président l’a beaucoup ennuyé d’abord, et l’a dégoûté ensuite : « Ce qui m’a toujours donné une assez mauvaise opinion de moi, c’est qu’il y a fort peu d’états dans la république auxquels j’eusse été véritablement propre. Quant à mon métier de président, j’ai le cœur très droit ; je comprenais assez les questions en elles-mêmes ; mais quant à la procédure, je n’y entendais rien. Je m’y suis pourtant appliqué, mais ce qui m’en dégoûtait le plus, c’est que je voyais à des bêtes le même talent qui me fuyait, pour ainsi dire ...»
Quand on considère son métier comme une série de corvées, on cherche des distractions qui vous le fassent oublier le plus possible. Vers 1712, une Académie provinciale s’était formée à Bordeaux ; d’Alembert nous dit que les membres se réunissaient afin de satisfaire à leur goût pour la musique et pour les ouvrages de pur agrément. Montesquieu y est admis le 3 avril 1716. Quinze jours après, il lisait à ses confrères sa Dissertation sur la Politique des Romains dans la Religion. C’était bien de chansons qu’alors il s’agissait I Le nouvel académicien introduit dans l’assemblée un esprit nouveau. Il dirige l’attention vers les travaux scientifiques, fonde en 1717 un prix d’anatomie, et lit successivement des mémoires sur les maladies, sur l’écho, sur l’usage des glandes rénales,