LXXXV. USBEK A MIRZA A Ispahan
Tu sais, Mirza, que quelques ministres de Gha-Soliman i avaient formé le dessein d’obliger tous les Arméniens de Perse 2 de quitter le royaume, ou de se faire mahométans, dans la pensée que notre empire serait toujours pollués tandis qu’il garderait dans son sein ces infidèles.
C’était fait de la grandeur persane, si dans cette occasion l’aveugle dévotion^ avait été écoutée.
On ne sait commet la chose manqua®. Ni ceux qui firent la proposition, ni ceux qui la rejetèrent, n’en connurent les conséquences : le hasard fit l’office de la raison et de la politique 7, et sauva l’empire d’un péril plus grand que celui qu’il aurait pu courir de la perte de trois batailles et de la prise de deux villes.
En proscrivant les Arméniens, on pensa® détruire en un seul jour tous les négociants et presque tous les artisans du royaume. Je suis sûr que le grand Cha-Abas® aurait mieux aimé se faire couper les deux bras que de signer un ordre pareil, et qu’en envoyant au Mogol et aux autres rois des Indes ses sujets les plus industrieux, il aurait cru leur donner la moitié de ses Etats.
1. Soliman II, fils et successeur d’Ahbas II, régna de 1666 à 1694.
2. Montesquieu avait pris ces faits dans le livre de Tavernier, cité p. 72, n. 6. D’après Tavernier, le favori Ali-kouli-khan aurait persuadé au prince de renoncer à celte révocation moyennant une forte somme.