‹ Morceaux choisisChapitre 56 sur 369 · Vivacité de la phrase qui se précipite · texte numérisé non relu

Vivacité de la phrase qui se précipite

6. (( N. . . est riche, dit la Bruyère, elle mange bien, elle dprt bien : mais les coiffures changent, et lorsqu’elle y pense le moins, et qu’elle se croit heureuse, la sienne est hors de mode. »

On va de plus fort en plus fort, quand on passe de La Bruyère à Montesquieu ; chez ce dernier, il y a quelque peu de « gasconnade ».

7. A Bordeaux, on se moquait des riches Américaines que les gens de famille épousaient pour leur argent. Gf. p. 364, n. 4,

MONTESQUIEU

sentée, ou que le peintre a voulu exprimer quelqu’une de ses fantaisies.

Quelquefois les coiffures montent insensiblement, et une révolution les fait descendre tout à coup b II a été un temps que leur hauteur immense mettait le visage d’une femme au milieu d’elle-même ; dans un autre, c’étaient les pieds qui occupaient cette place : les talons faisaient un piédestal qui les tenait en l’air 2. Qui pourrait le croire? Les architectes ont été souvent obligés de hausser, de baisser et d’élargir leurs portes, selon que les parureà des femmes exigeaient d’eux ce changement, et les règles de leur art ont été asservies à ces caprices. On voit quelquefois sur un visage une quantité prodigieuse de mouches, et elles disparaissent toutes le lendemain 3. Autrefois les femmes avaient de la taille et des dents ; aujourd’hui il n’en est pas question^. Dans cette changeante nation, quoi qu’en disent les mauvais plaisants, les filles se trouvent autrement faites que leurs mères.

Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes : les Français changent de mœurs selon l’âge de leur roi. Le monarque pourrait même parvenir à rendre la na-

1. En 1680, pendant une chasse, la duchesse de Fontanges, décoiffée par le vent, lie ses cheveux sur la tête en forme de co-

ue avec un ruban amarante.

a mode des « fontanges » était créée. Rapidement, les fontanges prirent des proportions si colossales, qu’en 1691 le roi les défendit.

La coiffure subit de nombreuses variations ; vers 1730 notamment elle redevint très haute.

Rappelons qu’elle suit aussi les événements militaires, et qu’avec les coiffures à la Belle- Foule (après 1778), les dames portent sur la tête des cheveux ondulés en forme de vagues, au-dessus desquelles se balance une frégate avec mâts, agrès, voiles, etc.

2. Toujours même observation sur le caractère un peu forcé de la plaisanterie de Montesquieu. (Jf. La Bruyère, op.

et loc. cit :

a L’on condamne 0^ niode) celle qui fait de la tête des femmes la base

d’un édifice à plusieurs étages, dont l’ordre et la structure changent selon leurs caprices ...»

L’expression chez Montesquieu est d’ailleurs fort pittoresque. Mais La Bruyère ne le cède en rien à Montesquieu :

« Il faut juger des femmes depuis la chaussure jusqu’à la coiffure exclusivement, à peu près comme on mesure le poisson entre tête et queue » (Les Caractères, chap. III : Des Femmes.)

3. a. Petit morceau de taffetas ou de velours noir que les dames mettent sur leur visage par ornement ou pour faire paraître leur teint plus Diane.

Les dévots crient fort contre les mouches^ comme étant une marque de grande coquetterie. Les mouches taillées en long s’appellent des a^sai>sins. » (Füretière, Dictionnaire^ 1690.)

4. « De la taille », à cause des ‘ talons hauts. — La Bruyère nous apprend d’autre part, dans le chapitre Des Femmes, que les dames portaient « de tausses dents en la bouche et des boules de cire dans les mâchoires, etc. »

Fig. 6. — Femme et homme a haut coiffés ».

(D’après une estampe anonyme de la Bibliothèque Nationale.)

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