‹ Morceaux choisisChapitre 60 sur 369 · GXXXIV. RIGA AU MÊME · texte numérisé non relu

GXXXIV. RIGA AU MÊME

Je retournai le lendemain à cette bibliothèque, où je trouvai tout un autre homme 1 que celui que j’avais vu la première fois. Son air était simple, sa physionomie spirituelle, et son abord très affable Dès que je lui eus fait connaître ma curiosité, il se mit en devoir de la satisfaire, et même, en qualité d’étranger, de m’instruire 3.

« — Mon Père, lui dis-je, quels sont ces gros volumes qui tiennent tout ce côté de bibliothèque? — Ge sont, me dit-il, les interprètes de l’Écriture. Il y en a un grand nombre! lui repartis-je : il faut que l’Écriture fut bien obscure autrefois^, et bien claire à présent. Reste-t-il encore quelques doutes? Peut-il y avoir des points contestés? — S’il y en a, bon Dieu ! s’il y en a ! me répondit-il : il y en a presque autant que de lignes. — Oui ! lui dis-je ; et qu’ont donc fait tous ces auteurs? — Ges auteurs, me repartit-il, n’ont point cherché dans l’Écriture ce qu’il faut croire, mais ce qu’ils croient eux-mêmes ; ils ne l’ont point regardée comme un livre où étaient contenus les dogmes qu’ils devaient recevoir^, mais comme un ouvrage qui pourrait donner de l’autorité à leurs propres idées : c’est pour cela qu’ils ont corrompu tous les sens, et ont donné la torture à tous les passages. G’est un pays où les hommes de toutes les sectes font des descentes et vont comme au pillage ; c’est un champ de bataille où les nations ennemies qui se rencontrent livrent bien des combats, où l’on s’attaque, où l’on s’escarmouche® de bien des manières

î. Et non « un tout autre homme » : tout est mieux mis en vedette, = absolument un autre homme.

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