Voir ce que j’ai mis sur les Romains. » (M
Les éditeurs rapprochent cet endroit et la suite, des Essais de Montaigne, L. III, chap. viii, sur « l’aï't de conférer », et notamment de ce passage : « On s’aperçoit ordinairement aux actions du monde... »
DE LA POLITIQUE
affaire non plus à de si grandes bêtes qu’elles voient les malheurs prêts à tomber sans les conjurer.
La vérité de ceci sera reconnue par tout le monde, et, si chacun veut rappeler sa mémoire, il trouvera que presque toutes les choses qu’il a vues, dans sa vie, généralement prévues ne sont point arrivées.
Que si, d’un autre côté, on consulte les histoires, on ne trouvera partout que de grands événements imprévus L
[Suit une série d’exemples historiques, qui amènent le lecteur à cette conclusion que les raffinements de la politique sont l’objet d’une admiration injustifiée, et de nouveaux arguments tirés de l’histoire de France (Louis XI, Louis XIV) viennent appuyer cette idée. « On peut aisément conclure qu’une conduite simple et naturelle peut aussi bien conduire au but du gouvernement qu’une conduite plus détournée. » Condamnation nouvelle des « grands politiques » qui ne connaissent que rarement les hommes, qui ont à souffrir de leur réputation même, qui voient trop de choses pour bien voir.]
Il est très facile ^ à ceux qui se sont fait une réputation dans les affaires d’en imposer au peuple. Gomme on s’imagine que leur tête ne doit être remplie que de traités, de délibérations et de projets, on leur tient compte de toutes les actions communes. « Quoi ! dit-on, cet homme a toute sa quadruple alliance ^ dans la tête, et il badine, et il joue comme moi ! Oh ! la belle chose ! »
J’ai ouï souvent vanter^ l’action du cardinal de Richelieu qui, voulant faire toucher deux millions en Allemagne, fait venir un Allemand à Paris, envoie les deux millions chez un homme à lui, avec ordre de les donner sans reçu à un homme sans nom, habillé et fait d’une telle manière. Comment ne voitron pas là dedans une affectation ridicule? Qu’y avait-il de plus simple que d’envoyer de bonnes lettres de change, sans embarrasser cet Allemand d’une si grosse somme, qui pouvait l’exposer infiniment; ou, s’il voulait les donner à Paris, que ne les donnait-il pas lui-même ?
1. « Il n’y a rien de plus propre à rappeler les philosophes et les hommes d’État à la modestie que l’histoire de notre Kévolution ; car il n’y eut jamais d’événements plus grands, conduits de plus loin, mieux préparés et moin& prévus. )) (Tocqueville : L’Ancien Régime et la Révolution, début.)
Schérer disait : « La postérité érigera à M. de Tocqueville un buste aux pieds de la statue de Montesquieu ».
2. Les éditeurs rapprochent ce passage de Montaigne {Essais^ L. III, chap. VIII) : « Ouy, mais il a mené à point ce grand affaire...»