Marius était fils d’un pau
vre journalier ; Sylla avait été son questeur en Afrique. Contre Mithridate, le sénat choisit de préférence Sylla, patricien, consul de l’année, qui, lui, n’avait jamais frayé avec la démagogie, et qui avait vaincu l’insurrection italienne dans la guerre sociale. Mais, à la suite d’intrigues, Marius se fit substituer à Sylla par un plébiscite. Sylla alors en Campanie au milieu de ses troupes, marche sur Rome, et, au mépris des lois, entre dans la ville à la tète de ses soldats. C’est pendant son expédition en Asie, que ses ennemis reprennent Rome (87), mettent
MONTESQUIEU
dre de ramener les premières familles de Rome dans la foule du peuple ; et, dans celle situation, je portais tout le poids d’une grande âme. J’étais jeune et je me résolus de me mettre en état de demander compte à Marins de ces mépris. Pour cela, je l’attaquai avec ses propres armes, c’est-àdire par des victoires contre les ennemis de la république.
« Lorsque, par le caprice du sort, je fus obligé de sortir de Rome, je me conduisis de même : j’allai faire la guerre à Mithridate; et je crus détruire Marins à force de vaincre l’ennemi de Marins. Pendant que je laissai ce Romain jouir de son pouvoir sur la populace, je multipliais ses morlifications^; et je le forçais tous les jours d’aller au Capitole rendre grâces aux dieux des succès dont je le désespérais. Je lui faisais une guerre de réputation plus cruelle cent fois que celle que mes légions faisaient au roi barbare. Il ne sortait pas un seul mot de ma bouche qui ne marquât mon audace; et mes moindres actions, toujours superbes, étaient pour Marins de funestes présages Enfin Mithridate demanda la paix : les conditions étaient raisonnables ; et, si Rome avait été tranquille, ou si ma fortune n’avait pas été chancelante, je les aurais acceptées. Mais le mauvais état de mes affaires m’obligea de les rendre plus dures : j’exigeai qu’il détruisît sa flotte, et qu’il rendît aux rois ses voisins tous les États dont il les avait dépouillés : « Je te « laisse, lui dis-je, le royaume de les pères, à toi qui devrais « me remercier de ce que je te laisse la main avec laquelle « tu as signé l’ordre de faire mourir en un jour cent mille « Romains. » Mithridate resta immobile, et Marins, au milieu de Rome, en trembla^.
« Cette même audace qui m’a si bien servi contre Mithridate, contre Marins, contre son fils, contre Thélésinus^, contre le peuple, qui a soutenu toute ma dictature, a aussi défendu ma vie le jour que je l’ai quittée; et ce jour assure ma liberté pour jamais.
tout à feu et à sang ; Sylla est déclaré ennemi de l’État, Marins est chargé de la guerre contre Mithridate, mais il meurt le 13 janvier 86, d’une fièvre causée par ses excès de vin.
1. Règle : En général, les mots abstraits ne s’emploient pas au pluriel, mais quand ils s’r mettent (ce qui était fréquent dans l’ancienne langue) ils marquent la répétition. Ex. : Des bontés = des actes {répétés) de bonté ; des
folies; des contentements, et ici:
des mortifications.
2. On voit, d’après une note précédente (p. 109, n. 4), que cela est « arrangé », mais que cela n’est pas inexact en définitive.
3. Mort de Marius (janvier 86), paix de Dardanos (84). Il y avait deux ans que Marius n’avait plus à trembler I Montesquieu prend envers Tliistoire des libertés à la Corneille.