‹ Morceaux choisisChapitre 9 sur 369 · La. Brètle, 5 décembre · texte numérisé non relu

La. Brètle, 5 décembre

MONTESQUIEU

de lumière n’est que l’aurore du jour où il se fermeront pour jamais t ».

Lès deux in-4® furent publiés à Genève en novembre 1748. L’édition fut rapidement épuisée. Montesquieu se rendit lui-même à Genève pour surveiller la réimpression. Dans l’espace d’un an et i demi, vingt-deux éditions se succédèrent, et l’ouvrage fut traduit dans toutes les langues. Le succès était cette fois prodigieux.

Les attaques contre l’auteur furent d’autant plus vives. Je ne songe pas ici au mot de Madame du Deffand, trop léger pour être dangereux : « C’est de l’esprit sur les lois ». Il serait bon toutefois, puisqu’on le cite partout, de le faire suivre de la remarque judicieuse dont la Harpe l’accompagne : « J’ai assez connu Madame du Deffand pour assurer que cette femme qui avait de l’esprit naturel, et surtout de l’esprit de société, sans aucune instruction, n’était pas plus en état d’apprécier V Esprit des Lois que capable de le lire : elle ne pouvait que le parcourir, pour en parler 2 ». Je ne veux pas reprendre la question des rapports de Montesquieu et de Voltaire; mais je voudrais qu’après avoir dit que ce dernier est l’auteur des Commentaires sur l’Esprit des Lois et des Remerciements sincères à un homme charitable sur l’Esprit des Lois, on ajoutât que le plus magnifique éloge de Montesquieu est celui que lui décerna Voltaire ; « Le genre humain avait perdu ses titres, Montesquieu les a retrouvés ».

Il faut dire un mot des articles parus dans les Nouvelles Ecclésiastiques, organe du parti janséniste. Dans les numéros des 9 et 16 octobre 1749, un journaliste dévot accusait Montesquieu de déisme : accusation d’autant ^lus perfide que le pouvoir royal, pour affirmer son orthodoxie, devait prêter l’oreille aux attaques de l’opposition parlementaire et religieuse, et frapper l’ouvrage incriminé. Montesquieu avait soixante ans, et il écrivit une réponse, étincelante de jeunesse, de verve, qui est en même temps un modèle de polémique serrée et éloquente : c’est la Déjense de V Esprit des Lois^.

A Rome, VEsprit des Lois fut dénoncé. Montesquieu adressa au cardinal Passionei une lettre qu’il est peut-être permis de trouver tr-op adroite^. Le livre fut néamoins censuré, le 2 mars 1752, mais avec modération, avec indulgence. Le pape Benoît XIV était le même que Montesquieu avait visité à Rome; la censure resta discrète, et passa inaperçue.

A la Sorbonne enfin, des commissaires furent nommés le l**^ Août 1750 pour examiner l’ouvrage ; leur enquête ne paraît pas avoir conclu à une condamnation formelle.

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