‹ Morceaux choisisChapitre 114 sur 221 · SAVOIE. — LAC D'ANNECY · texte numérisé non relu

SAVOIE. — LAC D'ANNECY

J'ai connu Chamonix et l'Arve et les Bossons, Traversé les glaciers aux crevasses bleuâtres, Ecouté dans le soir le chant des jeunes pâtres, Et les cloches de leurs troupeaux aux vagues sons ;

Vu le Mont Blanc dans sa blancheur majestueuse, Si fier d'être français, qui regarde à son pied Suisse, Italie et France ; et j'ai bien épié, Auprès de lui, l'instant d'une aube fastueuse.

Gorges de la Diozas que je vis un été, Où ce pont vermoulu s'écroula !... Des victimes Roulèrent, paraît-il, ainsi dans les abîmes. Sur le pont reconstruit je me suis arrêté.

Dans le fracas des eaux j'imaginais la chose : Ces gens tout au plaisir de leur excursion ; Pour les Alpes peut-être ayant ma passion... Je crus voir de leur sang dans quelque reflet rose.

SAVOIE. LAC d'annecy 207

Après qu'à Chamonix j'eusse suivi le cours Des limpides torrents nés de la Mer de Glace... A toi — lac d'Annecy, Souvenirs î — à ta grâce, Pour s'éblouir, mon âme eut quelque temps recours.

Ah I quelle intimité dans tous tes paysages ! A la tant ressentir, trouble délicieux, Quel que fût sur tes bords le temps capricieux, Dans la sérénité comme dans les orages I

Lorsqu'en barque j'allais, écoutant tes échos, Que d'imprévus m'offraient tes rives découpées 1 Grâces que la Nature en eux avaient groupées t Des bois et des rochers... que d'aimables chaos !

Lorsqu'en barque j'allais, je voyais sur ta rive La montagne parfois descendre comme un mur ; Je descendais cueillir un fruit sauvage mûr ; Et puis je m'en allais souvent à la dérive.

Ma barque s'arrêtait parfois dans les roseaux ; Ma rame au fond touchait... C'était un estuaire; Je regardais monter la lune mortuaire, Songeur... en l'avenir j'avais foi sur tes eaux I

J'ai vécu quelque temps dans l'extase, à Talloire, Pour tout ce qui chantait et qui me souriait ; Dans ce pays qui vit naître et chanter Theuriet, Oui, j'eusse aimé la vie, oui, j'eusse aimé la gloire I

Ton pittoresque ? il n'est pas au lac du Bourget, En qui j'écoutais trop, hanté par Lamartine, L'éloquence de mes regrets... Dans ta bruine, De méditations je trouvais le sujet.

O Méditation et calme et reposante !

Oui, dans ton paysage exquis, rajeunissait Ma pensée, en ton ciel... Mon cœur te bénissait, Trouvant presque, en ces lieux, l'existence plaisante I...

Ton onde si longtemps a rafraîchi mon cœur ! Ni le lac du Bourget, ni le lac de Genève, N'ont su dans leurs zéphirs tant élever mon Rêve ; Et, près de toi, j'ai su dominer ma rancœur...

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