FEUILLES ET FEUILLETS
C'est l'automne. A l'entour, je porte mes regards. O bouche, tu te tais ; âme, tu te recueilles. Dans la plaine, là-bas, se dispersent des feuilles, Et sur ma table, ici, des feuillets sont épars...
Celui qui vous créa près de lui vous rappelle, Il est temps de mourir, ô feuillages des bois Dont Pombre caressait mon Rêve ! — C'est sa voix Que la brise d'automne apporte sur son aile.
Etiez- vous les feuillets du Grand Livre éternel ? Et ces mots, épelés par toute la Nature. Par le chant des oiseaux, par le vent qui murmure, S'inscrivaient-ils sur vous quand ils tombaient du ciel ?
Hélas ! ces mots divins, méconnus de la terre, Qui donc les recueillit ?... Quelle pieuse main Vous ensevelira dans la tombe, demain, Pauvres débris souillés, gisant dans la poussière ?...
Ah ! mes pauvres feuillets sont bien pareils à vous I Ils valent moins que vous ; à quoi bon, un poème ? Il n'a que la valeur d'une chose qu'on aime... — Qui donc a recueilli ces mots tendres et doux,
Tous ces mots qui de toi, Source Mystérieuse, Jaillissaient de mon cœur à ma bouche, en tremblant ? Ces débris, les verrai- je, avec un linceul blanc, Ensevelis demain par une main pieuse ?...
Poésie !... Ah 1 peut-être est-ce la même main Qui, l'été, fait pousser les feuilles, et, l'automne, Les fait tomber, la même — oh ! mon âme frissonne ! — Qui me fit vous noircir, feuilles de parchemin 1
O Feuilles et Feuillets qu'un même vent emporte, Vous subissez la Loi suprême du Destin : Abandonnez ces bois, partez dans le lointain I Abandonnez mon cœur dont l'espérance est morte !