A LA TROISIÈME FOIS
Apporte des rayons, Avril,
Et fais éclore... Se peut-il,
Que lout change, grâce à tes charmes,
Qu'inutiles seront les armes,
Que muet sera le fusil
Et que sécheront tant de larmes ?
Tu vas mettre en fuite ? hiver, Lui dont nous avons tant souffert, Et dont nous étonne l'audace — Même au printemps il nous menace !
Tu feras sur le rameau vert Un Ciel de douceur et de grâce.
Tu lui mettras bourgeons et fleurs ; Et tu ne mettrais pas aux cœurs, Engourdis par tant de souffrance, La tiédeur de quelque espérance ; Et tu ne ferais pas vainqueurs Ceux qui défendent notre France ?
Hélas ! c'est la troisième fois, Naissant Avril, que tu la vois, La lutte sans merci, sans trêve...
Oh ! donne à nos cœurs une sève Qui nous permette des exploits Tels que la guerre s'achève I
Ah ! que Ton puisse te bénir, De toi garder le souvenir !
Que non vains soient les chants de fête Que la nature nous répète !
Et rien qu'en t' écoutant venir, Que se calme cette tempête I
Lorsque va tressaillir le sol, Que notre Espoir prenne son vol ; Que sur la fin de la bataille, D'aise l'Humanité tressaille, Et, quand chante le rossignol, Qu'un désir de paix la travaille!
Deux fois tu vins en tes chansons, Sans que tous ces lugubres sons Eussent honte... sans que moins blême Parût le ciel... à la troisième, Que tombe, au chant de tes clairons, Le mur du Crime et du Blasphème !