BERCEAUX ET TOMBEAUX
O tristes lendemains des instants les plus beaux ! Et le temps altéré, nous leurrant de promesses, Vient boire hâtivement les fraîcheurs, les jeunesses.. Hélas ! les innocents berceaux Semblent guettés par les tombeaux !
La Vie à peine éclose, est si tôt menacée ! En les plus doux zéphyrs semblant la protéger, Sa fleur parfois brillante est toujours en danger. Sa grâce est si vite effacée, Que F Espoir Fait ou non bercée.
Oh I comme le destin joue avec ces roseaux, Dont le bruissement confus est la Pensée ^3e cette humanité qui vacille, angoissée I Ah I je crois voir sur les berceaux S'ouvrir F œil sombre des tombeaux !
L'Eternité semble rire de F Ephémère.
Fragile matière dont le corps est pétri !
Aussi fragile aux coups du sort, le cœur meurtri Doute, dans sa pensée amère, Et sent qu'il retombe en poussière.
Oui, le Printemps sourit, et déjà les oiseaux, Avertis par Finstinct, tremblent pour leurs nichées, Les bourgeons font prévoir les feuilles desséchées. Et comme des tièdes berceaux Sont près,. dans leur froid, les tombeaux 1
Mais non \ Fombre de tant de prunelles éteintes Par la mort, n'a pas le regard aussi méchant Que Fa parfois la Vie en son profane chant. ^1 *1 rayonne en tendresses saintes
hÉ ^1 Et pour les deuils et pour les plaintes.
Aussi, portant F encens des amours les plus beaux, Est-ce pour les veiller — O célestes prunelles ! — Est-ce pour les bercer— Ombre aux mains maternelles!— Que sur les fragiles berceaux Viennent se pencher les tombeaux !