AINSI QUE S'EN VA MAINT BEAU RÊVE
Alors que celle-ci disait déjà : « Victoire ! » Et frôlait de sa main, qui glissait dans les vents, Tous les sites encor vivants.
Mais non ! le deuil veut espérer et croire !
L'espace, qu'il emplit, vibre d'un saint Amour, Dont le baiser fait, dans la Solitude, éclore Le plus beau Rêve qui décore...
Deuil orgueilleux dont flambe maint séjour I
Hélas ! sans doute, il faut que le charme s'envole, Ainsi que l'hirondelle, après avoir séduit ; Mais en la fatalité luit, Pour la braver, une pure auréole !
C'est au front du Malheur qu'elle éclate le mieux Afin de diriger le vol de sa Pensée... Vie utilement dépensée, Ton dernier soupir est mélodieux...
C'est un ruissellement de saintes harmonies Qui rafraîchit le cœur en son anxiété, Alors ; c'est avec piété Que vont se nuancer les agonies.
Et la feuille prendra les tons les plus divins, Avant que le baiser de ce zéphyr l'enlève, — Ainsi qu'il me prend maint beau Rêve Que je porte des bosquets aux ravins ; —
A l'heure où cette Paix me jette dans Y extase, La Paix rayonnante ouvrant la porte à Demain, A l'heure où le mystique hymen De l'âme avec le Mystère l'embrase !
LA VOIX DES TOMBEAUX C« qui se grave en l'Infini
En ma solitude j'appelle A mon secours le Souvenir, Pour qu'il m'apporte sur son aile L'espérance de l'Avenir.
Eh ! oui, c'est en ces jours d'automne Où, mélancoliques tableaux, La moindre brise au bois moissonne, Que vibre l'appel des tombeaux ;
Qui crie à l'angoisse : « Courage î Souvenez-vous, venez à nous, Pour que, dans les pleurs de l'orage, Notre lumière vienne à vous I
« Cœurs, c'est l'oubli qui vous désarme. Croyez- vous que c'est un tocsin Qui parle, pour jeter l'alarme, Dans le6 cloches de la Toussaint ?
« Si les oiseaux sont envolés, G' est-il un vent d'inquiétude, O paysages désolés, Qui fait frémir la solitude,
« Lorsque s'enfle la voix d'airain ?
Misère et deuil, tout la réclame, Car c'est, de son ton souverain, La confiance qu'elle clame !
« Ce n'est pas, pour vous affoler
Qu'elle dit : « Gloire, gloire aux tombes 1 »
Espérances, douces colombes,
Il vous faut vers les cieux voler ;
« Quand le rythme sacré s'élève, .
Avec le bronze, ô cœurs, vibrez !
L'Eternité sourit au Rêve ; Tout luit, quand vous nous célébrez 1
« Quand la Foi du Souvenir l'orne, La tombe, où tout parle d'amour, O Désir, plus rien ne te borne, Quand la Toussaint dit notre jour I
« Oui, nous, les tombeaux dont la pierre Sur des noms sait les pleurs versés, Nous, où se grave la prière Des deuils que nous avons bercés ;