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LE POETE, LA FOI, LE DOUTE

(Le Doute, vêtu de noir, a quelque chose d'èquivoqm inquiet, mais est insinuant avec des airs de séductew — La Foi, tout en blanc, est resplendissante de beaut de Jeunesse et de sérénité.)

le poète, écoutant leurs voix indistinctes d'abord.

Ah ! que disent ces voix ?

(Pendant le reste de la scène, il a l'air, en rêvant, d'être halluciné. Sa physionomie et ses gestes indiquent des alternatives d'espoir et de découragement. Cette scène fait part au spectateur de son hallucination.) le doute, perfide, à l'oreille du Poète, bas.

Oui, tout est périssable.

la foi, regardant le Poète avec compassion.

(7 est ? instant d'écouter...

le doute, ironique, l'interrompant.

Ce qu'au malheureux sort La terre en deuil confiera de son amertume, Et des soupirs du val où se glisse la mort, Au ciel indifférent laissant tomber sa brume, Pour tout envelopper dans un vaste linceul ? 0 spectacle dont l'âme doit être indignée ! Paysage, où le cœur doit se sentir plus seul !

la foi, avec un geste large et simple.

La vois-tu, cette grâce, à périr résignée ?

le doute, avec l'air hypocrite qui semble s'apitoyer.

Quel découragement partout, quelle torpeur î

la foi, se penchant vers le Poète, reprend ses premiers mots avec fermeté.

3'est l'instant d'écouter la Voix de l'Espérance !... le doute, sarcastiquc.

Quelle espérance ?... en l'ombre, oui, tout — regarde —

[a peur...

la foi, qui semble attentive à des voix, fièrement. icoute cet aveu...

le doute, arrogant.

Lequel ?... de la souffrance ?...

la foi, simplement.

De la souffrance qui sait voir dans TAu-Delà. Ce souffle vient du ciel...

le doute, vivement et sinistre.

Pour pousser à l'abîme, Pour éteindre ce qui de charme étincela.

la foi, reprenant avec calme et piété.

Pour allumer la Foi dans un ciel magnanime, Pour enfler mainte voile et la conduire au port...

le doute, se frappant la poitrine, pour se désigner, avec un air de défi.

Partout au front du Monde, oui, vois briller le Doute...

la foi, se redressant.

La Foi victorieuse est là devant la Mort, Qui ne pourra pas la détourner de sa route !

le doute, après s'être tourné vers le paysage, d'une voix sourde, mais frémissante d'aise.

Du coteau, du vallon un râle immense naît : C'est rheure de maudire un sort impitoyable...

la foi, l'interrompant, momentanément, d'un geatt

noble.

C'est Theure où tout s'attendrit et se reconnaît...

le doute, reprenant avec un entêtement cynique, e

ricanant.

Sous un ciel si distant, muet, impénétrable ?

(Passe un coup de vent.) Entends le cœur du monde, en les vents sangloter...

LA foi, qui semble vibrante d'une sainte foie, dans le

vent.

Entends cet hosanna qui brave les ténèbres...

le doute, agité, montrant le paysage qui s'éteint. Oh ! vois-tu s'épaissir tous ces voiles funèbres ?

la foi, dans une douce exaltation religieuse.

Vois ces blancheurs d'amour divin partout flotter. Que d'or au front des bois ! Quelle pure auréole ! Cette magie est-elle accordée au Néant ?

le doute, qui n'est plus maître de lui, mais veut se croire triomphant, écoute, regarde, et frénétique»

Ah ! le râle grandit, l'hirondelle s'envole,

Le ciel s'éteint, le gouffre, ô Vie, est là, béant...

(Et il montre un gouffre imaginaire avec un geste qui invite à y tomber.)

la foi, se mettant devant l'endroit désigné, ouvrant les bras et se détachant comme une grande aile blanche frémissante sur le fond sombre, avec l'accent grandiose d'une voix divine annonçant une intervention.

Mais moi, je suis ton aile, ô Vie, et je t'emporte, Bravant les vents impurs de la Fatalité !

le doute, qui perd pied et se sent acculé, avec rage, dans un dernier sursaut.

Mais c'est la fin de tout, quand la matière est morte 1

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