LES PLEURS DE LA MÉLANCOLIE
Les pleurs de la mélancolie Ont une douceur bien jolie, Dans le paysage obscurci Vivant encor, bien que transi.
Sous les chênes et sous les ormes J'évoque les chantantes formes, L'allégresse de leurs rameaux, Lourds de feuillage et pleins d'oiseaux.
J'évoque leur ombre charmante, Qu'en la saison étincelante Voulait mon Rêve épris et seul, Pour s'en faire un peuplé linceul...
Ah I vous ne fûtes pas ingrates, Au cœur qui vous a célébré, Même s'il est enténébré, Aubes que Mai fit délicates ;
Mais ici, si le vent glacé, Destructeur, est déjà passé, Il a, parmi tant d'agonies, Eveillé bien des harmonies.
Et c'est pourquoi, là, tu me vois, Solitude des prés, des bois, Toute ouvrir mon âme ulcérée, Afin qu'elle soit inspirée ;
Lorsque les suprêmes échos D'automne, avec tout ce chaos De débris, de grâces blessées, Au vent dispersent mes pensées.
Oui, ma détresse vient prier, Où le Printemps fut tant altier, A la place où l'orgueil des roses Faisait croire aux apothéoses 1
O Rêves doux, vous étiez nés, Mais pour être si tôt fanés, Sentir, tels ces roses pétales, L'impiété d'heures fatales !
Qu'importe ! Vous avez brillé, Comme eux, dans l'amour éveillé Qui vous baise en le destin sombre, Car jamais le Passé n'y sombre I