AU BORD DE LA PIQUE
Et puisque je n'ai pas Encore le pouvoir, dans mon âme incertaine, De recueillir en haut la Vérité lointaine, Cherchons, ce soir, celle d'en bas !...
Non 1 près de la cascade, Dans les lieux désolés hérissés de rochers, Sans trahir la retraite où ses traits sont cachés,
Qu'elle embaume la Foi malade !
Le soir tombe, ô mon cœur, Et dans lui tu vas suivre obstinément ta route Où l'étoile du soir, en éclairant ton doute, Viendra réveiller ton ardeur I...
Le soir tombe, et c'est doux De le voir effacer le sentier où l'on marche, Vers le pont dont il a fait disparaître l'arche, Où l'eau grise fait des remous.
Et les troncs d'arbre encore Par leur sombre rangée indiquent le chemin : Et l'on poursuit près d'eux le voyage sans fin Qui va vers l'éternelle aurore
Dans l'assombrissement Je veux marcher encor jusqu'à ce banc de pierre, D'où je vois sur le flot la dernière lumière A son dernier frémissement.
76 l'omére étoilée
Et l'eau devient plus noire, Donnant plus de fraîcheur au chemin qui la suit... Je vais... ainsi d'abord cheminent vers la nuit Les routes qui vont à la gloire.
Ici, l'écoulement Invisible de l'eau sur la pierre et la mousse Fait naître un chant secret dont l'harmonie est douce, Sans qu'on puisse savoir comment...
Et, charmé, tu t'arrêtes A chaque pas nouveau pour l'écouter un peu... Ainsi l'on s'habitue à trouver dans ce lieu En soi l'écho de voix secrètes.
Doux chants, à vos accents Qui font oublier l'heure où se meurt cette rive, J'abaisse les regards de la Foi qui m' arrive Sur la nuit que partout je sens.
Votre écho me conseille De pleurer le passé qui vient de succomber, Et de prendre en ces lieux, où le soir est tombé, Tout un avenir qui s'éveille...
Luchon.