JOUR DES MORTS
La cloche annonce Le jour des morts :
Quelle sera du monde la réponse ?
De ceux qui vont joyeux et forts, Du cœur qui dans la nuit s'enfonce, Pour vivre, chaque jour, fait de nouveaux efforts ?
Dans chaque cimetière
Mon âme est toute entière, — C'est là qu'est le plus pur des parfums d'ici-bas — Près de la plus modeste et de la plus altière Des tombes qu'on fleurit ou qu'on ne fleurit pas : Car les vivants oublient, hélas !
C'est là qu'il reste De la beauté, Là, vois-tu, que l'ombre est la moins funeste A la douleur, tout à côté De la tombe où, flamme céleste, Brille ce que la mort ne peut pas nous ôter.
140 l'aube sanglante
Jour des morts ! Ah ! personne,
Je crois, qui ne frissonne Quand la cloche soudain vient le lui rappeler 1 Quels échos dans le soir, dans le vent de l'automne, Quels mots de foi, d'amour on écoute épeler, O Mystère qui veut parler !
On s'agenouille Dans le frisson Qui fait voler des arbres la dépouille. Il sent plus vaste l'horizon, L'œil qui sur le tombeau se mouille ; Et chaque larme fait sa divine moisson.
Jour des morts qui relèves
En plus d'espoir les rêves Que la vie a brisés I C'est étrange, mais vrai, Qu'en ce jour-là l'on sent circuler plus de sèves : Suprême volonté des morts qui transparaît Pour féconder notre Regret I
Chacun s'arrête Sur les sillons Qu'il trace dans la vie... échos de fête, Un instant, tout se taît... Prions...
Ainsi plus de force s'apprête Pour l'homme qu'au bruit vain de joyeux carillons.
Par les morts qu'elle oublie
La race est affaiblie.
Par tous ceux qu'elle honore elle grandit toujours. Trop de vie à ces morts sur la terre nous lie, Pour que nous le puissions, vivre sans leur amour ...Prions 1 ils ne seront pas sourds I