HÉROÏSME
Héroïsme qui, sans espoir de bénéfice, Fais que celui, qui croit accomplir son devoir, Sait consentir joyeux au plus grand sacrifice'; Héroïsme qu'on n'a pas, quand on croit V avoir, Qui, mal compris, hélas ! du mal deviens complice, Tous ne peuvent pas te savoir !
Tu descendis, parmi la splendeur la moins vaine, Dans Pâme de celui qui, soldat ou rêveur, Mena pour le bon droit la lutte surhumaine ; Dans Pâme de plus d'un qui fut notre sauveur, Et qui sut conquérir une part du domaine Où l'esprit erre avec ferveur...
Héroïsme qui n'es pas l'asservissement De notre instinct de vaincre à quelque but pratique, Qui fais à la conscience un élargissement, Tu n'es pas le besoin de sembler magnifique ; De tout l'être tu fais un tel grandissement, Tu rends la volonté magique !...
142 l'aube sanglante
O toi qui, sur la plaine, en l'horreur du carnage, Malgré des flots de sang, au ciel laisses du bleu, Qui fais sur tant d'horreur que la Beauté surnage, Et que plus d'un héros semble animé par Dieu, Tu mets des rayons purs au combat qui fait rage, Tu rends moins sinistre son feu.
A notre cœur, en butte à la Fatalité, Héroïsme qui dis : « Sois fort, mais bats de Paile ! Un coup d'aile peut vaincre, et l'Immortalité Sourit dans l'aube claire à la victoire telle ! O le spectre hideux de la brutalité !
Il faut vouloir vaincre sans elle... »
On ne respire plus, et tout nous semble étroit : Mais voici que soudain ton grand souffle, Héroïsme, Les fait se révéler, dans leur beauté qui croît, La noble humanité, le fier patriotisme... Ce souffle est-il humain ? Mais à peine on le croit, Tant nous sentions notre égoïsme I
Ah ! tu sauras dicter bien des hauts faits encor, Héroïsme qui dis : « résiste » ou bien « avance » Au cœur qui, grâce à toi, peut poursuivre l'effort Comme au culte du Beau donner sa redevance, Malgré l'instinct vital qui lui dit qu'il a tort ! Fais toujours mieux voir ta puissance !