LES MOIS
Chaque saison A sa chanson.
Dans ses ombres ou dans ses flammes Naissent toutes les gammes.
Quelle variété Y découvrent nos âmes I
Invoquons-les, ô Piété !
L'harmonieuse foule, Chaque an, de notes qui s'écoule I C'est un concert troublant Dans le décor changeant Que chaque mois déroule...
Nature ! ô merveilleux clavier !
C'est une bise qui prélude, Nous disant que l'Hiver est rude, Barbe de neige de Janvier I
146 TROP d'agonies I
Si, dans une froide ouverture, La misère encor va crier, Il a des rayons, Février, Où T espérance s'aventure.
Mars : chants dans les airs attiédis Des eaux débordantes et claires ; Printemps ! sortent de leurs repaires Des êtres encor engourdis.
Le doux éclat qu'Avril projette 1 Déjà, pour lui faire la cour, Le frelon bruyant tourne autour De la modeste violette.
L'oiseau fait valoir son gosier, Quand de tout son regard humide Mai nous sourit... Déjà, timide, Une rose naît au rosier.
Juin, c'est le ciel qui s'allume, La cigale qui fait son bond ; Ah ! que respirer semble bon Au vent rieur qui se parfume I
Juillet de soleil accablé...
L'écureuil fait sa pirouette, Et, dans un grand cri, l'alouette Se sauve à nos pas dans le blè.
LES xMOIS 147
Mais voici qu'Août fait se clore Le temps béni de la moisson.
L'Eté va finir sa chanson, Pendant que le raisin se dore.
Ah ! le plaisir de vendanger La belle grappe sur la treille !
Quelle gaieté là se réveille, Septembre, où le temps va changer !
Adieu, les mois où Ton badine...
On rêve... le bois n'est plus vert.
Car c'est le retour à l'hiver, Octobre, qui chante en sourdine î
Puis les feuilles tombent à flots.
Novembre ! ô soupirs de l'Automne, Qui, dans ses averses, frissonne Et nous rappelle nos sanglots 1
Son rythme balayant l'espace, C'est l'air sinistre et sépulcral.
Décembre! c'est le chœur final De la Rafale qui nous glace