A L'ERMITAGE
Ici le Philosophe (1) a regardé les cieux. De la nature son âme qui fut l'amie
Laisse flotter son ombre en ces doux lieux, Dans sa gloire endormie.
Quelle aurore le monde a vu là s'allumer ! A cet air se gonfla cette mâle poitrine. Dans le silence il venait ranimer Sa foi dans sa doctrine.
Près des bourgeons naissants il la sentait germer, L'Idée où la beauté de la vie est enclose. Ce site, alors à tout vain bruit fermé, En vit la fleur éclose.
L'énormité du mal ne sut pas l'effrayer. Il songeait, dans le vent, à ce vent populaire Qu'il voulait soulever, pour balayer L'erreur avec colère.
(1) Rousseau.
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Quoi ! d'un rêve si grand c'est donc là le berceau Sous les arbres noueux de la châtaigneraie ! Espace étroit qui vit marcher Rousseau Vers la Justice vraie !
C'est là que se cachait sa modeste maison Car nulle ruine fière, il laisse à F Ermitage, Celui qui laisse à l'humaine Raison Un pareil héritage !
La Révolution qu'annoncent ses écrits — Que n'eût pas remué leur accent magnifique! Certes, ce cœur, de la nature épris, L'eût voulu pacifique !...
Certes, pour féconder son Rêve égalitaire, Il n'aurait pas voulu qu'on l'arrosât de sang. Dans la tourbe révolutionnaire Il n'aurait pas pris rang I
Il rêva de donner une âme moins débile A l'enfant, pour créer la grande Nation, Et dit ce que doit être, dans « Emile Son éducation.
Oui, ce bois, que remplit son souvenir encore, Songe à lui de son air tourmenté... le grand nom Vois son soleil de gloire qui te dore, Arbre, dans ton frisson !...
150 trop d'agonies !
Toujours il eut, dans sa fierté sentimentale, Un cœur qui près de la femme d'esprit renaît. Ta grâce fait son œuvre géniale, Madame d'Epinay !
...Au ciel de la Pensée, avec tant d'envergure Il s'est dressé, pour nous en faire voir l'éclat, Qu'à tout jamais cette grande Figure Pour la Beauté comba; .
Montmorency.