DE LA SOURCE A LA VALLÉE
Dans ce vallonnement plein de jeunes taillis, Nid d'ombre et de verdure où l'heure passe vite, Quand on berce son rêve à de frais gazouillis, Onde fraîche qui de là-haut jaillis, Ton flot chantant se précipite !
C'est au flanc du coteau parfumé par son bois, Qui des humides vents a pris sa fraîche haleine, Dont le feuillage est d'eau ruisselant bien des fois, Que naît, loin de toute demeure humaine, La source à la tremblante voix.
Demanderons-nous à l' astre de la nuit claire Ce qu'il regarde au fond de ce bassin pierreux, Où son rayon furtif souvent semble se plaire, Après que la beauté crépusculaire Retarda l'instant ténébreux ?
152 TROP d'agonies 1
Errante sur ses bords, voyez la bestiole, Et venant s'abreuver, le timide chevreuil, Qui, n'effarouchant pas tout ce charme qui vole, De tout, là, trouve un frémissant accueil, Avant que le chasseur F immole.
La grâce de PAurore en la brume sourit, Sur la nappe argentée où le roseau se dresse... De ce rose naissant, cet arbre qui pourrit Sur le sol, qui si longtemps le nourrit, Doit sentir encor la caresse.
Elle sait bien, cette eau, qu'en le jour ou la nuit, Son sort attardé là doit ailleurs se poursuivre ; Qu'elle ira refléter ou la joie ou l'ennui,
Là-bas, des instants proches qui vont, suivre ; Que de ce charme elle s'enfuit...
Sans crainte qu'on la cueille, éclôt la violette Sur un tapis de mousse en le jour indolent. Coquettement l'oiseau vient faire sa toilette. La volupté de ce séjour l'arrête, Il y fait son chant plus troublant...
Mais l'eau dans la rigole étroite se projette, Ignorant qu'elle va vers les champs assoiffés, Où court le scarabée, où mainte pâquerette Aux brins d'herbe, de fins plumets coiffés, Fait voir sa blanche collerette...