SUR LA MORT D'UN ENFANT
On l'avait vu jouer parmi les gazons verts. Il dut tomber dans l'eau, joyeux, les bras ouverts, Comme s'il fut tombé dans les bras d'une mère. Sans crainte il s'y livra. Calme et comme en prière, Elle lui semblait belle et bonne, et ses yeux bleus La voyaient au soleil qui reflétait les cieux. Elle le fascinait avec son doux murmure Où le saule mêlait celui de sa ramure.. .
Et puis, de ses baisers elle glaça son corps, Elle raidit ses bras, et fit ses membres tors ; Elle étouffa ses cris, et l'attira vers elle Avec une douceur qui semblait maternelle. .
Quand on revit l'enfant, il était sur son sein, Et la perfide le berçait d'un air câlin,
Mais, est-ce que, là-bas, la source toujours chante ? Non ! je vois le martyr, son souvenir me hante : C'est un sanglot d'enfant qui déchire les airs ! J'écoute cette plainte, et, les yeux grands ouverts, Je regarde l'eau claire et j'y vois un abîme Où dort la trahison, où se cache le crime. . . Et je revois la mère, au navrant désespoir, Au bord de cette eau pâle où va sombrer le soir. . .
0 source, que de temps, pour laver ta mémoire, Sur ton coupable lit devront couler tes pleurs I Et combien de printemps t'encadreront de fleurs Avant que ton eau puisse apparaître moins noire I.