‹ Morceaux choisisChapitre 9 sur 221 · V ÉTRANGÈRE · texte numérisé non relu

V ÉTRANGÈRE

Elle vint un beau jour, au milieu de l'été, Sous les ombrages frais de ce parc enchanté. Et celle qui venait de parcourir le monde Ouvrit grands ses yeux bleus, pencha sa tête blonde Regarda le poète... et, pâle, elle écouta Ces plaintes, cette voix.

Rêveuse elle resta, Elle resta des mois, cette belle étrangère Qui, toujours fugitive, était une éphémère.

Et, tel le voyageur égaré dans les bois, Ecoutant s'élever une céleste voix, S'arrête pour rêver, et laisse passer l'heure Où sa mère l'attend au seuil de sa demeure, Telle fut cette femme en m'écoutant chanter...

Elle devait partir : elle voulut rester...

l'étrangère 13

Elle avait entendu chanter la mer immense,

Et des vents gémissants l'éternelle romance ;

Elle avait vu jouer les plus fameux acteurs

Qui font sonner bien haut leurs rires et leurs pleurs,

Dont les noms ont passé par des milliers de lèvres,

Qui recueillent la gloire en des soirs pleins de fièvres :

Elle ne savait pas le magique concert

D'une voix qui se plaint, seule dans un désert ;

Elle ignorait l'accent de cette âme inquiète

Qui fait l'égal d'un dieu du plus humble poète.

... Mais, vers quel but lointain se dirigeaient ses pas ? Etait-ce vers l'amour ou bien vers le trépas ? Cherchait-elle un remède à l'ennui qui dévore, Au dégoût du Présent, qui rend plus sombre encore ? Venait-elle chercher sur le vieux continent L'amour qui ne s'achète à prix d'or ou d'argent, Cette fille rêveuse et blonde d'Amérique Où l'or seul a du charme, où l'or seul est magique ?

Le bleu des Océans qu'elle avait traversés, Où ses rêves secrets s'étaient souvent bercés, Le bleu profond des ciels où le regard se noie, En extase, éperdu de douleur ou de joie, Les ciels chauds assaillis par les sables brûlants, Ceux où l'hiver sans fin suspend ses flocons blancs, Les ciels brumeux ou clairs, les eaux de l'Atlantique, Les eaux froides du Nord, celles du Pacifique,

Les ciels, les océans se miraient dans ses yeux, — Tout un monde en ses yeux troublants, mystérieux!..

Ah ! s'étaient-ils déjà voilés parfois de larmes ? Et combien de mortels avaient subi leurs charmes ? Et combien, abusés par un semblant d'amour, Attendaient, dans le vain espoir de son retour ?...

O Femme, tu partis, et m'oublieras sans doute Comme eux I Mais, si tu peux m' entendre encor, écoute Tu traversas, un jour, mes rêves amoureux ; Tu les traversas comme un songe vaporeux, Et me laissas, — fuyant vers quelle latitude ? — A la Femme que j'aime, — et c'est la Solitude !

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