‹ Morceaux choisisChapitre 84 sur 221 · EMBAUMEZ LA MORT · texte numérisé non relu

EMBAUMEZ LA MORT

Quittant sa ville ou bien ses champs, celui qui part Faire de sa poitrine à la France un rempart, Trouvera-t-il une couche fleurie, S'il tombe, frappé quelque part, Pour faire, en l'embaumant qu'à son âme attendrie Un jour consolateur plus immortel sourie ?

Tout ce que, loin des siens, il doit prendre d'espoir, Au brave obscurément qui fit bien son devoir, La violette ou bien la marguerite Tout bas le lui feront savoir I La vertu de bien vivre et bien mourir ensuite, C'est souvent à la fleur qu'on en doit le mérite...

Mettre au cœur la bravoure et le charme à l'esprit, C'est souvent, en faisant un bouquet, qu'on l'apprit. Oui, notre âme prend-elle quelque chose A la fleur que notre main prit ?

L'amour, qui vient chasser l'ombre d'un temps morose, Se révèle soudain au charme de la rose...

3ui, vous embaumerez, fleurs de nos champs, là-bas, ^a mort de nos soldats fauchés par les combats, Vous près de qui l'enfance insouciante Sait prendre de joyeux ébats !

)u soldat, près de vous, mieux l'âme méritante Quitte d'un vol vainqueur la dépouille sanglante !

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