‹ Morceaux choisisChapitre 90 sur 221 · TROP D'AGONIES · texte numérisé non relu

TROP D'AGONIES

Ce n'est pas de l'enjouement

Qu'à la molle rêverie Où j'abandonne mon doux cœur qui prie

En son obscur dévouement ;

Sans sourire, elle s'apprête Avec le Beau que le grand ciel lui prête.

C'est plus de maturité

Que va prendre toute chose, Tandis qu'achève d'embellir la rose ;

Je me sens mieux abrité,

Amour, contre ta surprise, Si ma Pensée est toujours plus éprise I

C'est ta fécondation,

O Nature, qui s'opère !

Tu vas toujours plus prendre un air prospère,

En la désolation

Que fait parmi nous la guerre :

Les cadavres fertilisent la terre.

trop d'agonies ! 167

Voir le jour indifférent

Luire aussi bien sur le crime Que sur le juste ou bien sur le sublime 1

Nous doutons... est-ce apparent ?

Comment croire à l'allégresse De la clarté baignant tant de détresse ?

Non, rien n'est interrompu

Dans l'œuvre de la lumière :

Nous mourons... c'est un peu plus de poussière.

L'équilibre est-il rompu ?

Oh 1 pas même une seconde !

Le monde va : notre sang le féconde !

Ah ! ta caresse, ô Soleil,

Me paraît une morsure I Et puisque, pour mieux qu'on tue, elle assure

Aux plaines l'éclat vermeil,

Ta flamme, elle est infernale !

Je ne vois plus son action vitale...

Bel arbre qu'elle grandit

Sous le ciel qu'elle illumine, Elle fait vivre aussi tant de vermine !

Elle éclaire le bandit.

11 y a trop d'agonies Pour qu'il y ait de pures harmonies I

Et le cœur, précipité

Dans sa nuit, sent que conspire Tout ce qu'il voit et tout ce qu'il respire...

— Oh ! l'atroce vérité ! —

Et le soir, rêve aux désastres Sur qui vont luire aussi brillants les astres !

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