‹ Morceaux choisis de Alfred de VignyChapitre 155 sur 192 · LES PLAISIRS DU RÉGIMENT · texte numérisé non relu

LES PLAISIRS DU RÉGIMENT

— Que tailles-tu donc? disais-je.

— Hé I je taille des pièces, du papier et des plumes.

— Bah! dis-je, est-il possible?

— Oui, mon enfant, je fais de petites pièces toutes simples, et bien aisées à comprendre. Je te ferai voir tout ça.

— Eh bien, tant mieux! dis-je, j'aime autant te voir travailler ça que tes pierres de taille.

— Ahl ce que je bâtissais valait mieux que ce que je construis à présent. Ça ne passait pas de mode et ça restait plus longtemps debout. Mais en tombant, ça pouvait écraser quelqu'un; au lieu qu'à présent, quand ça tombe, ça n'écrase personne.

— C'est égal, je suis toujours bien aise, dis-je...

— C est-à-dire, aurais-je dit; car le caporal vint donner un si terrible coup de crosse dans la canne de mon vieil ami Michel, qu'il lenvoya là-bas. tenez, là-bas, près de la poudrière.

En même temps il ordonna six jours de salle de police pour le factionnaire qui avait laissé entrer un bourgeois.

Sedaine comprit bien qu'il fallait s'en aller; il ramassa paisiblement sa canne, et, sortant du côté du bois, il me dit :

— Je t'assure, Mathurin, que je conterai tout ceci à la Reine.

Pendant ce temps qu'est devenue Pierrette.^ une belle et brave fille, toute préoccupée des moyens d'épouser Mathurin et oubliant qu'il était soldat pour longtemps, sinon pour toute la vie.

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