LORD L A U D E R D A L E
C'est ce que nous lui disons tous les jours, milord,
M. BECKFORD
Et VOUS aussi, Laudcrdale, et vous, Kingston?
166 CHATTERTON
toujours avec lui? toujours des nuits passées à chanter, à jouer et à boire? Vous ferez tous nue mauvaise iin; mais je ne vous en veux pas, chacun a le droit de dépenser sa fortune comme il l'entend. — John Bell, navez-vons pas chez vous un jeune homme nommé Chatterton, pour qui j"ai voulu venir moi-même?
CHATTERTON
C'est moi, milord. qui vous ai écrit.
M. BECKFORD
Ah! c'est vous, mon cher! Venez donc ici un peu, que je vous voie en face. J'ai connu votre père, un digne homme s'il en fut; un pauvre soldat, mais qui avait bravement fait son chemin. Ah! c'est vous qui êtes Tliomas Chatterton? Vous vous amusez à faire des vers, mon petit ami; c'est bon pour une fois, mais il ne faut pas continuer, 11 n'y a personne qui n'ait eu cette fantaisie. Hé! hé! j'ai fait comme vous dans mon printemps, et jamais Litlleton, Swift et Wilkes n'ont écrit pour les belles dames des vers plus galants et plus badins que les miens.
CHATTERTON
Je n'en doute pas, milord.
M. BECKFORD
Mais je ne donnais aux Muses que le temps perdu. Je savais bien ce qu'en dit Ben Johnson : que la plus belle muse du monde ne peut suffire à nourrir son homme, et qu'il faut avoir ces demoiselles-là pour maîtresses, mais jamais pour femmes.
Lauderdale, Kingston et les lords rient. LAUDERDALE.
Bravo, milord! c'est bien vrai!