ACTE TROISIÈME
LE QUAKER, à part.
Il veut le tuer à petit feu.
CHATTERTON
Rien de plus vrai, je le vois aujourd'hui, milord,
M. BECKFORD
Votre histoire est celle de mille jeunes gens; vous n'avez rien pu faire que vos maudits vers, et à quoi sont-ils bons, je vous prie? Je vous parle en père, moi, à quoi sont-ils bons? — Un bon Anglais doit être utile au pays. — Voyons un peu, quelle idée vous faites-vous de nos devoirs à tous, tant que nous sommes ?
CHATTERTON, à part.
Pour elle I pour elle! je boirai le calice jusqu'à la lie. (Haut.) Je crois les comprendre, milord. — L'Angleterre est un vaisseau. Notre île en a la forme : la proue tournée au nord, elle est comme à lancre, au milieu des mers, surveillant le continent. Sans cesse elle tire de ses flancs d'autres vaisseaux faits à son image, et qui vont la représenter sur toutes les côtes du monde. Mais c est à bord du grand navire qu'est notre ouvrage à tous. Le roi, les lords, les communes sont au pavillon, au gouvernail et à la boussole; nous autres, nous devons tous avoir les mains aux cordages, monter aux mâts, tendre les voiles et charger les canons : nous sommes tous de l'équipage, et nul n'est inutile dans la manœuvre de notre glorieux navire.
M. BECKFORD
Pas mal! pas mal! quoiqu'il fasse encore de la Poésie; mais en admettant votre idée, vous voyez que j'ai encore raison. Que diable peut faire le Poète dans la manœuvre?
Un moment d'attente.
168 CHATTERTON
CHATTERTON
Il lit dans les asti'es la route que nous montre le doigt du Seigneur.
LORD TALBOT
Qu'en dites-vous, milord ? lui donnez-vous tort? Le pilote n'est pas inutile.
M. BECKFORD
Imagination, mon cher! ou folie, c'est la même chose; vous n'êtes bon à rien, et vous vous êtes rendu tel par ces billevesées. — J'ai des renseignements sur vous... à vous parler franchement... et...
LORD TALBOT
Milord, c'est un de mes amis, et vous m'obligerez en le traitant bien...
M . BECKFORD
Oh! vous vous y intéressez! George? Eh bien, vous serez content; j'ai fait quelque chose pour votre protégé, malgré les recherches de Baie... Chatterton ne sait pas qu'on a découvert ses petites ruses de manuscrit; mais elles sont bien innocentes, et je les lui pardonne de bon cœur. Le Magisterial est un bien bon écrit; je vous l'apporte pour vous convertir, avec une lettre où vous trouverez mes propositions : il s'agit de cent livres sterling par an. Ne faites pas le dédaigneux, mon enfant; que diable ! votre père n'était pas sorti de la côte d'Adam, il n'était pas frère du roi, votre père; et vous n'êtes bon à rien qu'à ce qu'on vous propose, en vérité. C'est un commencement; vou.«-. ne me quitterez pas, et je vous surveillerai de près.
Kilty Bell supplie ChaUerton, par un regard, de ne pas refuser. Elle a deviné sans hésitation.
CHATTERTON, il liésite un moment ; puis, après avoir regardé Kilty.
Je consens à tout, milord.