C'est-à-dire de ma chaise à porteurs
3. C'est par les mêmes traits que Phèdre, dans ses Fables, a. peint cette race incommode, livre II, fable v :
Trépide concursans, occupata in otio, Gratis anhelaus, multa agendo nihil agens.
« Elle va courant çâ et là en désordre, occupée sans avoir rien à faire, s'essoufflant sans profit et faisant mille choses sans rien faire. »
4. La Bruyère parle aussi d'un original de ce caractère, « cauteleux, mystérieux, qui s'approche de vous et vous dit â l'oreille : « Voilà un beau temps, voilà un grand dégel ! » Voyez le chapitre vu des Caractères (De la Cour).
celimène. 0 l'ennuyeux conteur!
Jamais on ne le voit sortir du grand seigneur1. Dans le brillant commerce il se mêle sans cesse, Et ne cile jamais que duc, prince ou princesse. La qualité l'entête, et tous ses entretiens Ne sont que de chevaux, d'équipage et de chiens; Il tutoie, en parlant, ceux du plus haut étage, Et le nom de monsieur est chez lui hors d'usage.
CLITANDRE
On dit qu'avec Bélise il est du dernier bien.
CÉLIME.NE.
Le pauvre esprit de femme, et le sec entrelien!
Lorsqu'elle vient me voir, je souffre le martyre :
Il faut suer sans cesse à chercher que2 lui dire;
Et la stérilité de son expression
Fait mourir à tous coups la conversation.
En vain, pour attaquer son stupide silence,
De tous les lieux communs vous prenez l'assistance:
Le beau temps et la pluie, et le froid et le chaud,
Sont des fonds qu'avec elle on épuise bientôt.
Cependant sa visite, assez insupportable,
Traîne en une longueur encore épouvantable3,
Et l'on demande l'heure, et l'on baille vingt fois,
Qu'elle grouille4 aussi peu qu'une pièce de bois.
A CASTE
Que vous semble d'Àdraste ?
céumène. Ah! quel orgueil extrême!
C'est un homme gonflé de l'amour de soi-même : Son mérite jamais n'est content de la cour;
1. Ce n'est pas ici sortir du rôle de grand seigneur, mais sortir <le ses conversations sur les grands seigneurs qu'il prétend fréquenter.
2. Chercher que lui dire, tour très français emprunté du latin. C'est le quid interrogatif des Latins.
3. On remarquera la lenteur traînante des deux vers, terminés par deux longues épithètes, ce qui rend à merveille le lourd ennui des visites de Bélise.
4. C'est-à-dire qu'elle remue. Le mot employé par Cèliméne est moins noble, mais plus expressif.
Contre elle il fait métier de pester chaque jour, Et l'on ne donne emploi, charge ni bénéfice1, Qu'à2 tout ce qu'il se croit on ne fasse injustice.
CL1TANDRE.
Mais le jeune Cléon, chez qui vont aujourd'hui Nos plus honnêtes gens, que dites-vous de lui ?
CÉLIMÈNE
Que de son cuisinier il s'est fait un mérite. Et que c'est à sa table à qui l'on rend visite3.
Éf.IANTE.
11 prend soin d'y servir des mets fort délicats.
CÉLIMÈNE
Oui, mais je voudrais bien qu'il ne s'y servît pas : C'est un fort méchant plat que sa sotie personne, Et qui gâte, à mon goût, tous les repas qu'il donne.
PHILINTE
On fait assez de cas de son oncle Damis : Qu'en dites- vous, madame?
célimène. Il est de mes amis *.
PHILINTE
Je le trouve honnête homme5, et d'un air assez sage.
CÉLIMÈNE
Oui; mais il veut avoir trop d'esprit, dont6 j'enrage. Il est guindé sans cesse, et dans tous ses propos
1. Les trois mots veulent être distingués. Un emploi était un office accordé pour un temps déterminé; une charge, un emploi permanent ; un bénéfice, une charge ecclésiastique ou les revenus attachés à cette charge.