‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 11 sur 156 · D'une manière contraire à celle dont · texte numérisé non relu

D'une manière contraire à celle dont

5. On dit aujourd'hui : Contredire quelqu'un , contredire quelque chose.

Peugère. Quatrième. Extraits. 2

vous jugerez le monde. Vous dites : « Bienheureux sont ceux qui pleurent, et malheur à ceux qui sont consolés ! » Et moi j'ai dit : « Malheureux ceux qui gémissent, et très heureux ceux qui sont consolés ! » J'ai dit: « Heureux ceux qui jouissent d'une fortune avantageuse, d'une réputation glorieuse et d'une santé robuste! » Et pourquoi les ai-je réputés heureux, sinon parce que tous ces avantages leur fournissaient une facilité très ample de vous offenser! Oui, Seigneur, je confesse que j'ai estimé la santé un bien, non pas parce qu'elle est un moyen facile pour vous servir avec utilité, pour consommer1 plus de soins et de veilles à votre service et pour l'assistance du prochain, mais parce qu*à sa faveur je pouvais m'abandonner avec moins de retenue dans l'abondance des délices de la vie, et en mieux goûter les funestes plaisirs. Faites-moi la grâce, Seigneur, de réformer ma raison corrompue, et de conformer mes sentiments aux vôtres. Que je m'estime heureux dans l'affliction, et purifiez tellement mes sentiments qu'ils ne répugnent2 plus aux vôtres. Car, Seigneur, votre royaume est dans vos fidèles; et je le trouverai dans moi-même, si j'y trouve votre esprit et vos sentiments.

Ibid.

Prière d'un malade.

Seigneur, je sais que je ne sais qu'une chose: c'est qu'il est bon de vous suivre, et qu'il est mauvais de vous offenser. Après cela, je ne sais lequel est le meilleur ou le pire en toutes choses; je ne sais lequel m'est profitable de la santé ou de la maladie, des biens

1. Ce verbe était fréquemment pris alors dans le sens de consumer et d'employer.

2. Qu'ils ne soient pius contraires, opposés aux vôtres. C'est le sens du verbe latin repugnare.

ou de la pauvreté, ni de toutes les choses du monde. C'est un discernement qui passe la force des hommes, et qui est caché dans les secrets de votre providence, que j'adore, et que je ne veux pas approfondir. Faites donc, Seigneur, que, tel que je sois, je me conforme à votre volonté, et qu'étant malade, comme je suis, je vous glorifie dans mes souffrances. Sans elles je ne puis arriver à la gloire; et vous-même, mon Sauveur, n'y avez voulu parvenir que par elles. C'est par les marques de vos souffrances que vous avez été reconnu de vos disciples, et c'est par les souffrances que vous reconnaissez aussi ceux qui sont vos disciples. Reconnaissez-moi donc pour votre disciple dans les maux que j'endure, et dans mon corps et dans mon esprit, pour les offenses que j'ai commises. Et parce que rien n'est agréable à Dieu s'il ne lui est offert par vous, unissez ma volonté à la vôtre, et mes douleurs à celles que vous avez souffertes. Faites que les miennes deviennent les vôtres. Unissez-moi à vous ; remplissezmoi de vous et de votre Esprit saint; entrez dans mon cœur et dans mon âme, pour y porter mes souffrances, afin qu'étant plein de vous, ce ne soit plus moi qui vive et qui souffre, mais que ce soit vous qui viviez et qui souffriez en moi, ô mon Sauveur! et qu'ainsi ayant quelque petite part à vos souffrances, vous me remplissiez entièrement de la gloire qu'elles vous

ont acquise.

Ibid.

Comment il faut envisager la mort.

Ne considérons pas la mort comme les païens, mais comme les chrétiens, c'est-à-dire avec l'espérance, comme saint Paul l'ordonne, puisque c'est le privilège spécial des chrétiens. Ne considérons plus un corps comme un cadavre infect, car la nature trompeuse se le figure de la sorte ; mais comme le temple

inviolable et éternel du Saint-Esprit, comme la foi l'apprend. Car nous savons que les corps saints sont habités par le Saint-Esprit jusqu'à la résurrection, qui se fera par la vertu de cet Esprit qui réside en eux pour cet effet. C'est pour cette raison que nous honorons les reliques des morts. Ne considérons donc plus un homme comme ayant cessé de vivre, quoi que la nature suggère, mais comme commençant à vivre, comme la vérité l'assure. Ne considérons plus son âme comme réduite au néant, mais comme vivifiée et unie au souverain Vivant : et corrigeons ainsi, par l'attention à ces vérités, les sentiments d'erreur qui sont si empreints en nous-mêmes, et ces mouvements

d'horreur qui sont si naturels à l'homme Sans

Jésus-Christ, la mort est horrible; elle est détestable, et l'horreur de la nature ; en Jésus-Christ, elle est tout autre : elle est aimable, sainte, et la joie du fidèle. Tout est doux en Jésus-Christ, jusqu'à la mort1 : et c'est pourquoi il a souffert et est mort pour sanctifier la mort et les souffrances*.

Ibid.

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